L’Histoire jugera, mais au moment où le XXe siècle s’achève Carl Lewis peut être considéré à l’instant présent comme le plus grand champion que l’athlétisme ait jamais connu et l’un des sportifs les plus éblouissants. Le plus grand par son talent naturel, sa faculté de se transcender et le plus grand aussi pour avoir construit un palmarès unique sur une aussi longue durée : neuf médailles d’or olympiques, huit titres mondiaux. La «légende Carl Lewis» commence en 1984 à Los Angeles. C’est là dans le stade olympique des Jeux de 1932 qu’il rejoint un autre dieu de l’athlétisme, Jesse Owens, américain et noir de l’Alabama comme lui, en gagnant quatre médailles d’or dans les mêmes disciplines : 100 m, 200 m, relais 4x100 m et saut en longueur. La comparaison entre les deux athlètes est immédiate mais elle devient rapidement impossible quand le champion moderne, aidé par une longévité hors du commun, franchit des frontières inimaginables. Frederick Carlton Lewis, né le 1er juillet 1961 à Birmingham (Alabama), admirable athlète d’1,88 m pour 80 kg, puissant et félin à la fois, se signale tout d’abord par ses aptitudes au saut en longueur. Tom Tellez, entraîneur à l’Université de Houston (Texas), le prend sous la coupe. En 1983, aux premiers championnats du monde, à Helsinki, il gagne non seulement le titre à la longueur mais aussi ceux du 100 m et du relais 4x100. Un an plus tard, à Los Angeles, il ajoute le 200 m à son palmarès. Devenu à 23 ans superstar de l’athlétisme, Carl Lewis cultive magnifiquement son image d’autant plus aisément qu’il multiplie les succès accompagnés d’une arrogance parfois dérangeante. S’il ne parvient que très rarement à décrocher un record du monde au cours de ses nombreuses apparitions lucratives, il est l’homme des grands rendez-vous et des défis qui subjuguent. Pourtant, en 1988, à Séoul, le titre olympique du 100 m lui échappe. Sa fameuse double accélération aux 70 mètres s’est montrée insuffisante devant une «fusée» qui a pour nom le Canadien Ben Johnson (9 79). Mais le scandale du dopage est au bout de la ligne droite. Lewis (9.92) récupère la médaille d’or et conserve le titre à la longueur (8,72 m). L’âge ne semble pas avoir de prise sur «King Carl». En 1991, aux Mondiaux de Tokyo, il remporte l’un des plus beaux 100 m de l’histoire, signant un record mondial (9 86) devant tout le gratin du sprint. Mais dans sa discipline de prédilection, le saut en longueur, il connaît sa première défaite en 66 concours depuis 1981. Après une lutte extraordinaire jusqu’au dernier essai, son compatriote Mike Powell (8,95 m au 5e essai) lui souffle non seulement le titre mais surtout le record mythique de Bob Beamon (8,90 m aux Jeux de Mexico en 1968) qu’il voulait être le premier à battre. Une année plus tard aux Jeux de Barcelone, il gagne sa troisième médaille d’or olympique à la longueur en prenant sa revanche sur Powell, et s’adjuge aussi le titre du relais 4x100 m (37.40, record du monde). Il a 31 ans et la fin de carrière de l’athlète semble proche. C’est mal connaître le champion. Avec ses équipiers de Santa Monica, il continue d’être au top niveau et quatre ans plus tard aux Jeux d’Atlanta, il est au rendez-vous du saut en longueur, la seule épreuve pour laquelle il s’est qualifié. Le défi est insensé. Mais il gagne encore pour la quatrième fois.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’Histoire jugera, mais au moment où le XXe siècle s’achève Carl Lewis peut être considéré à l’instant présent comme le plus grand champion que l’athlétisme ait jamais connu et l’un des sportifs les plus éblouissants. Le plus grand par son talent naturel, sa faculté de se transcender et le plus grand aussi pour avoir construit un palmarès unique sur une aussi longue durée : neuf médailles d’or olympiques, huit titres mondiaux. La «légende Carl Lewis» commence en 1984 à Los Angeles. C’est là dans le stade olympique des Jeux de 1932 qu’il rejoint un autre dieu de l’athlétisme, Jesse Owens, américain et noir de l’Alabama comme lui, en gagnant quatre médailles d’or dans les mêmes disciplines : 100 m, 200 m, relais 4x100 m et saut en longueur. La comparaison entre les deux athlètes est immédiate...