Il n’y a pas de temps à perdre. Comme le dit l’adage local, le temps de fermer un œil et de le rouvrir, les élections seront là. En dépit de la trêve des confiseurs, la bataille fait déjà rage. Mais encore uniquement en coulisses où se déroule le grand bazar des alliances. Les leaders de pointe négocient la composition des listes. Et les seconds couteaux cherchent à se caser ici ou là. Chacun a quelque chose à vendre ou à acheter. La bourse des valeurs étant définie dans une très large mesure, par l’ahurissant découpage des circonscriptions, imposé au mépris du principe d’égalité auparavant défendu par le pouvoir. Dans de nombreux cas, les protagonistes sont si éloignés socio-politiquement les uns des autres qu’ils doivent dialoguer avec l’aide d’intermédiaires plus ou moins proches des décideurs. C’est donc la loi du marché qui plus que jamais l’emporte, au profit bien plus des courtiers que des parties prenantes. Un député note ainsi, avec un zeste d’amertume, que «le système dit du bus va encore fonctionner, à cette nuance près que les tenants du pouvoir local seront cette fois parmi les passagers et non au volant. En effet, à une ou deux exceptions près, les responsables, loin d’être en mesure de former de pleines listes ou d’arbitrer des alliances, vont chercher surtout à n’être pas trop marginalisés à l’issue du scrutin. Les opposants ne sont du reste pas logés à meilleure enseigne». Selon ce professionnel «seuls paraissent avantagés, a priori, les deux ex-seigneurs de la guerre qui ont toujours été proches de Damas, MM. Nabih Berry et Walid Joumblatt. Toutes les autres figures de proue taëfistes, et notamment les principaux pôles de la communauté sunnite, semblent pour ainsi dire en ballottage. Ce qui signifie, sur le plan stratégique, que du point de vue institutionnel, la présidence du Conseil, dont le rôle peut être encore magnifié en cas de paix régionale, n’est pas stabilisée. Le futur titulaire peut être n’importe qui. Aucun des membres du club traditionnel, à savoir MM. Sélim Hoss, Rafic Hariri, Omar Karamé ou Rachid Solh, n’est sûr de retrouver ce fauteuil tant convoité. M. Tammam Salam ou même M. Talal Meraabi peuvent aussi bien y prétendre». Autre orfèvre en la matière, M. Michel Murr, qui a pourtant l’immense avantage d’être proche du palais et de détenir l’Intérieur, affirme de son côté que rien n’est joué d’avance. M. Murr précise qu’il lui semble impossible de s’entendre avec M. Nassib Lahoud. Il indique en privé que dans «sa» région, le Metn, il va donc probablement y avoir bataille. Il ajoute qu’à son avis, c’est d’ailleurs préférable car la mise en place d’une liste de coalition serait un coup de canif à la démocratie et priverait l’électeur de la liberté de choix. Un droit qui paraît appelé à s’exercer pleinement à Beyrouth. La capitale a certes été divisée mais le président Rafic Hariri est résolu à présenter des listes partout. Et ses contempteurs sont tout aussi déterminés à lui barrer la voie. De son côté, l’Est politique tente timidement de s’unifier pour pouvoir imposer aux faiseurs de listes des candidats vraiment représentatifs et non des hommes de paille de leaders mahométans. Des contacts sont en cours mais les postulants sont légion et il sera probablement très difficile d’éviter la bataille à Beyrouth. Mais d’autres régions craignent les affrontements. Ainsi des efforts sont en cours dans le district d’Aley pour un arrangement Joumblatt-Arslane impliquant aussi le Chouf. Où, semble-t-il, les décideurs souhaitent qu’un Zaher Khatib, pour le moment assez peu en grâce à Moukhtara, soit réélu. Au Sud également, on envisage d’éviter une confrontation qui pourrait tourner mal sur le terrain. De premières navettes sont entreprises par les cadres d’Amal et du Hezbollah qui assument des fonctions de public relations pour rechercher un terrain d’entente. Selon des sources informées, les décideurs souhaitent fortement que ces deux formations se mettent d’accord pour éviter des remous dans une région aussi sensible que le Sud. Mais un accord n’est pas facile à réaliser. Car il devra englober d’autres régions, comme la Békaa, la banlieue sud et même Beyrouth. Cependant, selon un député du groupe Amal, «d’une manière générale, nous savons à quoi nous en tenir et à quelques détails près, la composition de la future Chambre est déjà connue». Et vive la démocratie ! De l’horoscope.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Il n’y a pas de temps à perdre. Comme le dit l’adage local, le temps de fermer un œil et de le rouvrir, les élections seront là. En dépit de la trêve des confiseurs, la bataille fait déjà rage. Mais encore uniquement en coulisses où se déroule le grand bazar des alliances. Les leaders de pointe négocient la composition des listes. Et les seconds couteaux cherchent à se caser ici ou là. Chacun a quelque chose à vendre ou à acheter. La bourse des valeurs étant définie dans une très large mesure, par l’ahurissant découpage des circonscriptions, imposé au mépris du principe d’égalité auparavant défendu par le pouvoir. Dans de nombreux cas, les protagonistes sont si éloignés socio-politiquement les uns des autres qu’ils doivent dialoguer avec l’aide d’intermédiaires plus ou moins proches des...