«Je ne crois pas qu’il y ait au monde des personnes tout à fait normales, autrement que feraient psychiatres et psychanalystes ? Je le sais par moi-même puisque je ne suis pas comme les autres et les autres s’étonnent de moi. J’essaie d’en connaître les causes pour en conjurer les effets : je fais ce que les autres ne font pas, je suis en dehors des règles qui règlent les rapports des gens entre eux. Je refuse ce que les autres acceptent, refuse aussi de complaire au milieu où j’évolue. Je crois en Dieu, à sa cour céleste, j’accorde au purgatoire la possibilité d’existence mais je ne vais à l’église que lorsqu’elle est vide et toute à moi… Je crois au miracle de tous les jours et l’on m’accuse d’hérésie. J’oublie le mal que l’on me fait. Quand j’ai l’argent je me crois Crésus et l’argent me fuit. L’abstrait et le concret se confondent en moi. Je préfère la méchanceté à la médiocrité et l’infirmité à la laideur. Comment expliquer cela, si ce n’est qu’en moi existe un brin de folie pour avoir vu dérober aux enfants leur enfance. Je m’appelle Anne et l’on m’appelle Laurice». *** «J’ai l’impression que ma vie sera longue et semée de tourments, qu’en ferai-je ? Un clocher apparaît et disparaît dans ma fenêtre pour lancer sa pointe vers un ciel bas. Les étoiles se cachent autant qu’elles peuvent derrière les nuages ; le fleuve est lent et trop sage pour aimer toutes les étoiles, une seule lui suffirait, il n’en veut pas, comme toi mon amour»… *** «Je pense à mon pays, ivre d’aurore Et de clarté marine, à ma mère douce Comme une prairie, à toi mon amour, dur Comme le pain dur»…. *** «J’ai mal de t’avoir quitté, mal de vivre, pays de mûriers, de vignes, de ruisseaux secrets, semblances de Dieu, ma vallée heureuse. Morte j’irai à ta recherche, dans un sac de pauvre, un peu de terre et d’eau, le pain de tes promesses. Et l’on dira : cette femme au loin, il n’y a d’ombre nulle part pour elle».
«Je ne crois pas qu’il y ait au monde des personnes tout à fait normales, autrement que feraient psychiatres et psychanalystes ? Je le sais par moi-même puisque je ne suis pas comme les autres et les autres s’étonnent de moi. J’essaie d’en connaître les causes pour en conjurer les effets : je fais ce que les autres ne font pas, je suis en dehors des règles qui règlent les rapports des gens entre eux. Je refuse ce que les autres acceptent, refuse aussi de complaire au milieu où j’évolue. Je crois en Dieu, à sa cour céleste, j’accorde au purgatoire la possibilité d’existence mais je ne vais à l’église que lorsqu’elle est vide et toute à moi… Je crois au miracle de tous les jours et l’on m’accuse d’hérésie. J’oublie le mal que l’on me fait. Quand j’ai l’argent je me crois Crésus et...
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