Selon un politicien modéré connu pour sa lucidité, il est hautement improbable que la commission de l’Administration et de la Justice puis la Chambre entière apportent des modifications sensibles au projet de loi électorale élaboré par le gouvernement. Et cela, à l’en croire, «parce que les décideurs ont donné le fameux mot d’ordre : votez pour ce texte sans rien y changer». Le mobile de cette opération, ajoute ce vétéran, «est classique : maintenir le clivage traditionnel entre les pouvoirs. Afin de jouer le cas échéant le législatif contre l’exécutif. Pour continuer à exploiter profitablement les faiblesses libanaises, à contrôler de près ce pays, même après les retraits». À cette fin, «on garde le Sud électoralement unifié. Et l’on fait de la sorte d’une pierre deux coups. «D’une part on porte un coup sévère à la crédibilité d’un régime que l’on prétend soutenir à fond ; on sait en effet que le chef de l’État a d’entrée de jeu proclamé que les élections devraient se faire sous un même toit pour tous, à l’ombre du principe d’égalité qu’il sacralise et que le projet gouvernemental foule aux pieds. «D’autre part, on permet à M. Nabih Berry de se doter d’un bloc parlementaire consistant, de contrôler pratiquement l’Assemblée. Ce qui lui permettra de reconquérir le perchoir sans difficulté. Et de tenir la dragée haute à l’exécutif chaque fois que les décideurs voudront dresser les institutions libanaises les unes contre les autres». La question reste cependant s’il se trouvera une dizaine de députés assez courageux ou assez désespérés pour signer une motion saisissant le Conseil constitutionnel afin d’invalider une loi qui réussit l’extraordinaire exploit d’être encore plus inégale que celle de 1996. En effet, à l’époque, seul le Mont-Liban faisait exception à la règle adoptée, qui était le mohafazat-circonscription. Alors que pour le prochain cru, qui retient le principe du fractionnement, non seulement le Sud y échappe mais encore les autres districts sont disloqués suivant des quotients différents : quatre circonscriptions, pas moins, pour le Mont-Liban, contre trois pour Beyrouth et deux pour le Nord ! A priori cependant, il y a peu de chances qu’une motion d’invalidation recueille le nombre de signatures nécessaires. D’une part parce que aucun candidat potentiel n’a envie de défier les décideurs. D’autre part parce que le précédent de 1996 n’est pas très encourageant. Le verdict rendu alors par le Conseil constitutionnel, qui était encore nouveau, avait été ignoré avec superbe par le pouvoir, sûrement sur instructions bien diligentées. Tout porte donc à croire que la résignation est à l’ordre du jour. L’extraordinaire dans l’affaire c’est que l’opposition antitaëfiste, malgré la cuisante expérience de participation tentée en 1996, veut plus que jamais se présenter aux élections et n’envisage plus du tout un quelconque boycottage des urnes comme en 1992. Chacun se prend à rêver, en ne pensant qu’à ses propres chances. Sans penser au système politique ni réfléchir sur cette simple réalité arithmétique : les rares percées électorales d’opposants, lors de la précédente édition, concernaient surtout des présidentiables en puissance dont on pouvait avoir besoin. Et servaient d’alibi pour le parachutage d’une quasi-unanimité parlementaire docile. Pronostics des prochaines courses : mêmes résultats pour le fond que lors des élections de 92 et de 96. À l’issue desquelles certains élus pourtant très proches des décideurs regrettaient publiquement cette sous-représentation chrétienne dont Bkerké ne cesse de se plaindre. Phénomène qui risque du reste de s’accentuer encore, grâce au nouveau découpage.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Selon un politicien modéré connu pour sa lucidité, il est hautement improbable que la commission de l’Administration et de la Justice puis la Chambre entière apportent des modifications sensibles au projet de loi électorale élaboré par le gouvernement. Et cela, à l’en croire, «parce que les décideurs ont donné le fameux mot d’ordre : votez pour ce texte sans rien y changer». Le mobile de cette opération, ajoute ce vétéran, «est classique : maintenir le clivage traditionnel entre les pouvoirs. Afin de jouer le cas échéant le législatif contre l’exécutif. Pour continuer à exploiter profitablement les faiblesses libanaises, à contrôler de près ce pays, même après les retraits». À cette fin, «on garde le Sud électoralement unifié. Et l’on fait de la sorte d’une pierre deux coups. «D’une part on...