Fidèle à sa réputation de tribu gauloise rebelle à toute discipline, l’Union européenne a pris le risque d’exposer ses états d’âme au beau milieu de la négociation de l’Organisation mondiale du commerce. Les Européens avaient étonné leur monde mardi en présentant un projet complet de déclaration finale de la conférence de Seattle qui avait recueilli l’approbation de ses alliés, la Norvège, le Japon, la Suisse, la Turquie et les pays de l’Est. Même les Américains, qui n’avaient pu parvenir qu’à un accord partiel sur le volet agricole de la négociation avec les nations exportatrices du groupe de Cairns, avaient été pris de court et les experts appréciaient l’habileté de la manœuvre. «Ils sont unis, ils sont actifs, ils prennent l’initiative et se trouvent des alliés», constatait un diplomate de l’Organisation mondiale du commerce, qui n’en revenait pas de voir les Européens sortir leur épingle du jeu. L’UE, qui s’est souvent montrée divisée lors des précédentes négociations commerciales internationales, prenait ainsi les devants dans les pourparlers de Seattle. L’essentiel de ses revendications se retrouvait dans un texte de 17 pages qui semblait pouvoir recueillir l’approbation d’une grande majorité de pays membres de l’OMC. L’opération a cependant pris l’eau dès mercredi soir (jeudi matin en Europe) lorsque les ministres du Commerce des Quinze ont tenu leur réunion d’évaluation quotidienne. Les représentants des gouvernements ont «passé un savon» à leur négociateur en chef Pascal Lamy, commissaire européen au Commerce extérieur, coupable d’avoir fait trop de concessions. La Commission a d’abord été vivement critiquée pour s’être déclarée prête à débattre des biotechnologies dans le cadre de l’OMC, contrairement au mandat qu’elle avait reçu du Conseil des ministres. La concession de la Commission est en effet destinée à séduire les États-Unis, qui ont plaidé pour l’inclusion dans l’OMC des biotechnologies, comme les Organismes génétiquement modifiés (OGM), ce qui en ferait un dossier a priori soumis aux mêmes règles de libéralisation que les autres produits. Or, le mandat de l’UE prévoit que la priorité est de terminer la discussion dans le cadre des négociations sur la rédaction d’un protocole de l’Onu sur la biosécurité, où le principe de précaution cher à l’UE pourrait l’emporter. La Commission a eu beau tenter de limiter les dégâts en soulignant que cela restait sa priorité et que plusieurs conditions devaient encore être réunies pour que la biotechnologie soit abordée à l’OMC, le mal était fait. Il a été aggravé par l’accumulation de critiques. La France tique en effet lorsque la Commission parle de réduire les subventions agricoles qui perturbent le commerce et les États membres producteurs de textiles ne veulent pas faire de concessions aux pays du tiers-monde que l’Union européenne essaye précisément de rallier à ses thèses. L’Exécutif européen est également suspecté de faire preuve de laxisme sur le respect des normes environnementales et sociales afin d’obtenir un accord global. Plusieurs diplomates estiment que la Commission a fait une erreur d’appréciation en lâchant ainsi du lest au début de la négociation de Seattle, qui vient à peine de commencer, au lieu d’attendre la fin des pourparlers. Ils mettent cette précipitation sur le compte de la venue de Bill Clinton à Seattle mercredi, que les Américains disaient porteur d’un message susceptible de permettre aux États-Unis de prendre la direction des négociations : il fallait le précéder. Mais quelle qu’en soit la raison, la cacophonie européenne affaiblit la position de son négociateur en chef. Au lieu de mettre les choses au point dans la discrétion, tous les autres pays de l’OMC sont désormais au courant des divisions qui agitent l’attelage de l’Union européenne.
Fidèle à sa réputation de tribu gauloise rebelle à toute discipline, l’Union européenne a pris le risque d’exposer ses états d’âme au beau milieu de la négociation de l’Organisation mondiale du commerce. Les Européens avaient étonné leur monde mardi en présentant un projet complet de déclaration finale de la conférence de Seattle qui avait recueilli l’approbation de ses alliés, la Norvège, le Japon, la Suisse, la Turquie et les pays de l’Est. Même les Américains, qui n’avaient pu parvenir qu’à un accord partiel sur le volet agricole de la négociation avec les nations exportatrices du groupe de Cairns, avaient été pris de court et les experts appréciaient l’habileté de la manœuvre. «Ils sont unis, ils sont actifs, ils prennent l’initiative et se trouvent des alliés», constatait un...
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