Après avoir bouclé le premier tour du monde en ballon de l’Histoire, le Suisse Bertrand Piccard reste égal à lui-même : passion à fleur de peau, mais domptée par la raison. «Le futur, ça donne des angoisses et des sueurs froides. On essaie de penser au présent et de se concentrer sur ce qu’on est en train de faire. Si on anticipe trop l’avenir, on se sent angoissé, c’est difficile», avouait-il à la sortie de la longue et périlleuse traversée du Pacifique en ballon.Qu’est-ce qui a poussé ce psychiatre de 41 ans à délaisser son tranquille cabinet de Lausanne, sur les bords du lac Léman, à abandonner –momentanément – sa femme et ses trois filles pour tenter de devenir le premier homme à faire le tour du monde sans escale dans un engin d’un autre âge ? Une psychanalyse, peut-être facile, suggère qu’en s’élevant dans les airs à bord de son Breitling Orbiter, pour sa troisième tentative, Bertrand Piccard veut se hisser au niveau de la lignée de savants et d’aventuriers dont il est le descendant. Son grand-père, le physicien Auguste Piccard (1884-1962), a ouvert la voie à l’aviation moderne et à la conquête de l’espace en inventant la cabine pressurisée et le ballon stratosphérique. En août 1931, il bat le record du monde d’altitude en ballon à près de 16 000 mètres. Auguste Piccard invente aussi le bathyscaphe. Son fils Jacques, père de Bertrand, poursuit ses travaux et bat le record du monde de plongée à – 11 000 mètres dans la fosse des Mariannes, dans le Pacifique, survolée par Bertrand la semaine dernière. Dans ce contexte familial, Bertrand Piccard fait son premier vol avec le pilote des glaciers Herman Geiger et, garçonnet blond de 10 ans, visite Cap Kennedy, en Floride, avec Wernher von Braun, le père de la conquête américaine de l’espace. Passionné par le vol, il pratique parachutisme, voltige, parapente, vol en montgolfière. Mais plus que par l’exploit, Bertrand Piccard est fasciné par l’étude du comportement humain et l’observation des différents niveaux de conscience dans des situations extrêmes. Il devient psychiatre et psychothérapeute et se forme à l’hypnose pour soulager ses patients. «L’inconnu est une des seules choses intéressantes dans la vie», expliquait-il un jour. «Le problème des patients est de se situer par rapport à l’inconnu qui leur paraît dangereux. Le ballon offre un parallèle magnifique. L’aventure, c’est accepter l’inconnu. J’ai appris autant à travers l’aéronautique que dans les études de médecine», souligne le médecin aéronaute. Son aventure en ballon n’a pas déçu sa soif de recherche. Évoquant l’angoissante traversée du Pacifique, il déclare que ce sont «des moments où on est en intense contact avec le fond de soi-même». Au-delà de l’exploit et de l’exploration de l’âme humaine, Piccard, petit-fils de pasteur du côté de sa mère, se veut aussi un humaniste. Pour lui, le ballon – hypersophistiqué, mais dépendant des vents – devient une métaphore de ce que devrait être la société moderne, une alliance entre l’homme, la technologie et la nature.
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