Les étrangers sont présents en force cette année parmi les concurrents aux Oscars, mais l’Histoire montre que l’Académie des arts et des sciences du cinéma ne leur voue pas un amour démesuré, surtout lorsqu’ils ne parlent pas anglais. Pour cette 71e édition des Oscars du cinéma, les non anglophones sont mieux représentés que jamais auparavant et la comédie italienne, «La Vita é Bella», est le film en langue étrangère qui a obtenu le plus grand nombre de nominations dans l’histoire des Oscars. La fable de Roberto Benigni sur l’Holocauste est candidate à sept Oscars, y compris celui du meilleur film. Cet Oscar n’est encore jamais allé à un film en langue étrangère et seuls cinq films y ont aspiré : «La grande illusion» de Jean Renoir, «Z» de Costa-Gavras, «Les émigrants» de Jan Troëll, «Cris et chuchotements» d’Ingmar Bergman et «Il Postino» de Michael Radford. Depuis la création des Oscars en 1927, seulement quatorze films en langue étrangère ont obtenu un Oscar dans des catégories comme meilleur scénario, meilleur son ou meilleur montage. Le plus primé a été «Fanny et Alexandre», du Suédois Ingmar Bergman qui, en 1984, a obtenu trois Oscars, prise de vues, direction artistique et costumes. Du côté des acteurs et actrices, Roberto Benigni est en lice cette année, tout comme la Brésilienne Fernanda Montenegro. Mais à en croire l’Histoire, leurs chances sont minces. Un seul interprète a jusqu’à présent été couronné d’un Oscar du meilleur rôle sans parler anglais : Sophia Loren dans «La Ciociara», en 1962. Un autre Italien, Marcello Mastroianni, a été candidat à trois reprises à l’Oscar du meilleur acteur et la Française Isabelle Adjani a été en lice à deux reprises pour celui de la meilleure actrice mais tous deux sont repartis les mains vides. Ce n’est pas qu’Oscar est xénophobe — le compositeur français Maurice Jarre a été couronné par trois Oscars pour ses musiques — mais il semble avoir des problèmes avec les langues étrangères. La Française Simone Signoret a ainsi obtenu l’Oscar de la meilleure actrice mais pour un rôle dans lequel elle parlait anglais, dans «Room at the Top», en 1960. L’Italienne Anna Magnani et la Française Juliette Binoche ont aussi été couronnées, en 1956 et en 1997, mais elles aussi pour des rôles dans lesquelles elles avaient abandonné leur langue maternelle. À l’inverse, les productions britanniques ont souvent été couronnées, depuis «Hamlet» de Laurence Olivier en 1947 jusqu’au film «The English Patient» en 1996, en passant par «Chariots of Fire» et «Gandhi». Cette année, deux films britanniques aspirent à l’Oscar du meilleur film, «Elizabeth» mis en scène par un Indien, Shekhar Kapur, et «Shakespeare in Love» de John Madden. Ce dernier est aussi en lice pour l’Oscar du meilleur metteur en scène, avec un Australien, Peter Weir, pour «The Truman Show». Et parmi les vingt interprètes en lice pour un premier, un second rôle, la moitié sont étrangers mais, à l’exception de Roberto Benigni et de Fernanda Montenegro, tous parlent anglais : cinq Britanniques (Ian McKellen, Emily Watson, Brenda Blethyn, Judy Dench et Lynn Redgrave) et trois Australiens (Cate Blanchett, Geoffrey Rush et Rachel Griffiths).
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