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Actualités - Opinion

Nettoyage par le vide

Comment diable s’y est-on pris pour écorner de telle manière, et en si peu de temps, l’immense crédit, l’énorme capital de confiance dont avait spontanément bénéficié, à sa formation, ce gouvernement du changement ? Comme de très nombreux Libanais, nous avons applaudi avec enthousiasme au slogan arboré d’office par le régime, «nul n’est désormais au-dessus de la loi» : la présence, au sein du Cabinet Hoss, de plusieurs démocrates convaincus – côtoyant funestement, il est vrai, des ministres aussi peu suspects de convictions démocratiques que rigoureusement «inamovibles» – laissait espérer que la vie publique allait enfin bénéficier d’une bonne cure d’assainissement. Que la loi allait être appliquée. Et qu’elle serait, surtout, sainement appliquée : quoi de plus outrageusement inique, en effet, qu’un glaive de la justice que l’on entreprendrait de manier inconsidérément, comme sabre de cavalerie ? Ce que requérait cette opération «Mains propres», c’était de la fermeté certes, mais impérativement, aussi, du doigté : cela, afin qu’elle fût non seulement juste, mais acceptée sans aucune réserve par l’opinion, car irréprochablement conduite. C’est la main lourde qui a prévalu, avec toutes les dérives qu’implique cette regrettable démarche. Ainsi en a-t-il été d’abord du limogeage d’une trentaine de fonctionnaires, censé augurer d’une réforme administrative attendue depuis des décennies par les citoyens : on a commencé par fourrer dans le même sac, par frapper du même sceau d’infamie et préalablement à tout interrogatoire, des serviteurs publics notoirement vénaux et faisant même étalage de luxe, d’autres de moindre envergure, d’autres encore qui étaient suspects seulement de négligence ou de laxisme, et quelques autres enfin jouissant d’une réputation sans tache : et qui, d’ailleurs, ont aussitôt clamé leur innocence. Ce ne sont pas toujours ces derniers, cependant, qui ont fini par récupérer et leurs postes et leur dignité : une fois de plus, certaines considérations d’opportunité politique ont eu raison des velléités de réforme, le gouvernement finissant par classer momentanément ce dossier. C’est la même et désastreuse impression d’improvisation, d’équipées sauvages ponctuées de coups de frein en catastrophe, que laisse l’affaire des faux résidus pétroliers, laquelle s’est soldée par l’arrestation d’un ancien ministre, de plusieurs hauts fonctionnaires et d’un importateur de carburants. D’une part, en effet, de puissantes protections semblent avoir joué en faveur d’autres hommes d’affaires, que la rumeur publique lie avec insistance, pourtant, à cette même fraude ; et un lourd silence continue d’entourer, d’autre part, une multitude d’autres affaires non moins scandaleuses, allant des magouilles immobilières aux fameuses «commissions» sur les équipements et travaux en passant par le trafic d’influence, les monopoles et divers autres rackets. Croyait-on vraiment faire l’impasse sur cette savante discrétion en rameutant les télévisions pour filmer, en live, l’instant historique où l’État reprenait soudain possession des trésors archéologiques nationaux spoliés, investissant vaillamment les antres obscurs de ces affreux antiquaires qui prétendent faire commerce non point de laitues, mais… d’antiquités ? À toutes ces mesures tronquées, à ces pratiques passablement démagogiques venues nourrir les doutes d’une population déjà hantée par un profond malaise économique, s’est ajouté le grave épisode de la rue Huvelin : une université bouclée hier par les forces de l’ordre, des étudiants brutalisés parce qu’ils protestaient contre l’arrestation, la veille, de certains de leurs camarades qui distribuaient des tracts appelant au départ de toutes les troupes étrangères du Liban. De l’arbitraire du procédé ou de son infinie maladresse, on ne sait trop, finalement, ce qui est le plus effarant : le Liban serait-il donc devenu un pays où la jeunesse n’a plus droit à ses opinions, à ses options, à ses rêves, et la liberté d’en faire part dans la sacro-sainte enceinte universitaire ? Et comment nos traditions libérales peuvent-elles être bafouées de la sorte par des dirigeants qui se croient absolument tenus de singer les coutumes musclées d’ailleurs ? Autant que les anomalies entachant l’entreprise de moralisation de la vie publique, cette atteinte aux libertés porte sérieusement préjudice à l’Exécutif dans ce qu’il avait de plus précieux : sa crédibilité. Même pas lentement – mais le plus sûrement du monde en revanche – on est en train de vider de sa substance le message d’espoir qui avait fait vibrer les Libanais. L’enfer, comme on sait, est pavé de bonnes intentions ; et il serait grand temps, pour les dirigeants, de prendre garde à la chaussée.
Comment diable s’y est-on pris pour écorner de telle manière, et en si peu de temps, l’immense crédit, l’énorme capital de confiance dont avait spontanément bénéficié, à sa formation, ce gouvernement du changement ? Comme de très nombreux Libanais, nous avons applaudi avec enthousiasme au slogan arboré d’office par le régime, «nul n’est désormais au-dessus de la loi» : la présence, au sein du Cabinet Hoss, de plusieurs démocrates convaincus – côtoyant funestement, il est vrai, des ministres aussi peu suspects de convictions démocratiques que rigoureusement «inamovibles» – laissait espérer que la vie publique allait enfin bénéficier d’une bonne cure d’assainissement. Que la loi allait être appliquée. Et qu’elle serait, surtout, sainement appliquée : quoi de plus outrageusement inique, en...