L’Inde a commencé à célébrer samedi dernier le millénaire des temples de Khajuraho, dont les sculptures érotiques, voluptés de pierre, sont un hymne à l’amour sensuel et à la vie. Les 22 temples de Khajuraho, dans la campagne du Madhya Pradesh à 650 kilomètres au sud de New Delhi, sont devenus l’une des principales destinations touristiques en Inde, après le Taj Mahal, et leurs mille ans donnent lieu à des célébrations qui culmineront par une «nuit du millénaire» coïncidant avec le passage à l’an 2000. Samedi, le président K.R. Narayanan a inauguré une année de festivités par le lancement d’un spectacle son et lumière. Bâtis entre 953 et 1 000 après J.C. par les rois de la puissante dynastie des Chandela dont les origines se perdent dans le divin, virtuellement inconnus jusqu’aux années 1960, les temples hindous de Khajuraho — ils étaient 85 à l’origine — restent à ce jour un mystère. Dans un style baroque flamboyant, les sculpteurs y ont décrit avec d’extrêmes finesse et précision tous les aspects de la vie. Il y a là guerriers et musiciens, chasseurs et animaux, dieux et déesses et, bien sûr, les fameux petits personnages en train de s’adonner à (presque) toutes les formes possibles et imaginables de l’amour. Ce sont ces scènes, qui ne laissent certes aucune part à l’imagination mais où la grâce l’emporte largement sur l’obscène, qui ont fait la réputation mondiale des temples de Khajuraho. Quelles ont été les motivations de leurs auteurs? Les hypothèses — du «tantrisme» ou sublimation de soi par notamment l’activité sexuelle, à un manuel du sexe pour jeunes Bhramanes — ne manquent pas. Mais quelles qu’elles soient, ces sculptures sont une joyeuse «célébration de la vie dans sa totalité», selon le gouvernement local qui en fait la promotion. Pas une once d’obscénité «Il n’y a rien de semblable dans le monde. L’érotisme y est si beau qu’il est transcendé en sublime. Il n’y a pas une once d’obscénité», explique Pramila Poddar, dont la famille a lancé le tourisme dans la région en 1966. Il n’y avait à l’époque que quelques paysans pauvres, des bandits, pas de routes ni d’électricité. Le gouvernement indien venait juste d’acheter le site au potentat local. Il y a aujourd’hui huit hôtels de luxe, des dizaines de restaurants et de boutiques, dont beaucoup tenus par des Européens, une armée de guides. Quelque 650 touristes visitent le site chaque jour. Mais l’Inde compte encore plus sur Khajuraho pour relancer un tourisme international languissant. Un nouveau vol direct, de Bombay après celui de New Delhi, vient d’être inauguré, bien que Khajuraho reste encore loin des sentiers battus du fait de son isolement. La première gare est à 100 kilomètres et il faut des heures d’autocars locaux pour y arriver. Pour Ashok Kumar Soni, qui dirige le bureau local des autorités archéologiques indiennes, c’est un bienfait. Il aimerait que le nombre de touristes visitant un temple au même moment soit limité à 50 afin que ces monuments qui ont survécu mille ans dans de relatives bonnes conditions soient préservés. Il prône aussi un changement de plan de vol pour les avions qui décollent ou atterrissent en passant au-dessus des temples, craignant les effets des vibrations sur les structures. Mais M. Soni estime que les temples sont dans l’ensemble en bon état : «Ils survivront encore mille ans».
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