«Croyez-moi, avait dit (paraît-il) Marguerite Duras, pour créer, il faut mettre la liberté en prison». Excessif? Sans doute – et cependant –... Il ne s’agit pas, faut-il le préciser, de rétablir une censure tâtillonne, abusive et contraignante [1]. Aujourd’hui, la liberté d’expression (au théâtre et au cinéma, en particulier) est à peu près complète – du moins en Occident. On peut certes s’en réjouir. Mais ce qui importe (aussi), c’est le résultat, et c’est l’emploi qui est fait de cette «libéralisation» sans entraves. Tout dire? pourquoi pas. Mais dire n’importe quoi n’importe comment, c’est une autre chose. Et même un autre problème. On s’explique. Restons dans le domaine du cinéma. Nombreux sont les réalisateurs – le plus souvent jeunes débutants – qui s’imaginent que «l’audace» de leurs films témoigne de leur originalité, prouve leur talent de «créateur». Plus redoutable: ils mettent en scène – si l’on peut dire – leurs minuscules problèmes personnels, leurs banales obsessions érotiques et autres (quand ce n’est pas scatologiques), en supposant (et là, ils font vraiment preuve d’imagination!) que ces déballages narcissiques vont passionner le public. Eh bien, non! Neuf fois sur dix, le spectateur se fout totalement de leurs historiettes nombrilistes. Ce qu’il veut, le spectateur, c’est des bons films. Et cela, c’est tout à fait autre chose. À Hollywood, autrefois, quand s’exerçaient les rigueurs de la censure (voir le Code Hays), les cinéastes procédaient par métaphores, symboles et allusions. Le spectateur (averti!) savait lire entre les images: l’audace payait. Filmée aujourd’hui, qu’aurait donné la pièce de Tennessee Williams, Cat on a Hot Tin Roof?! (le film de Richard Brooks, qui date de 1958, passe ce lundi 8, au Vidéo-Club de l’Iesav). Finalement, le plus difficile à censurer, c’est la débilité – soyons poli – et tout ce qui s’ensuit. [1]: Nous ne traitons pas ici de la censure au Liban: le sujet a déjà été abordé – plusieurs fois.
«Croyez-moi, avait dit (paraît-il) Marguerite Duras, pour créer, il faut mettre la liberté en prison». Excessif? Sans doute – et cependant –... Il ne s’agit pas, faut-il le préciser, de rétablir une censure tâtillonne, abusive et contraignante [1]. Aujourd’hui, la liberté d’expression (au théâtre et au cinéma, en particulier) est à peu près complète – du moins en Occident. On peut certes s’en réjouir. Mais ce qui importe (aussi), c’est le résultat, et c’est l’emploi qui est fait de cette «libéralisation» sans entraves. Tout dire? pourquoi pas. Mais dire n’importe quoi n’importe comment, c’est une autre chose. Et même un autre problème. On s’explique. Restons dans le domaine du cinéma. Nombreux sont les réalisateurs – le plus souvent jeunes débutants – qui s’imaginent que...
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