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Actualités - Analyse

Dossier régional En matière de négociations, rien n'est joué d'avance

C’est avec une certaine fébrilité que les cercles diplomatiques de Beyrouth ont analysé les résultats des élections en Israël. Dès l’annonce de la victoire d’Ehud Barak, ces milieux, locaux, arabes ou occidentaux, ont entamé la course aux spéculations sur une paix régionale rapprochée. Mais rien n’est joué d’avance. «En effet, souligne un professionnel libanais, les choses, qui ne sont déjà pas claires, risquent de se compliquer encore. Du simple fait que des négociations suscitent par définition même des positions de surenchères marchandes. Tenez : comme l’État hébreu doit en principe tenter à la fois de se garder le plus de territoires possible et de disloquer le tandem syro-libanais, la riposte pourrait consister à faire du problème des réfugiés palestiniens, jusque-là marginalisé, un nœud central des pourparlers. Et on en sortirait alors difficilement car cette question concerne trop de parties aux intérêts divergents : les Palestiniens, les Israéliens, les pays hôtes actuels et les contrées qui seraient appelées à devenir à leur tour des centres d’accueil comme la Scandinavie, l’Océanie ou le Canada». Le diplomate chevronné note ensuite qu’«en toute objectivité et sans vouloir mettre des bâtons dans les roues des médiateurs américains ou autres, le Liban devrait faire comprendre à tous qu’il est vital pour lui qu’on traite ce dossier des réfugiés avant la signature d’une paix globale. Vu ses dimensions réduites et une composition politique qui l’oblige à faire beaucoup attention aux équilibres communautaires, vu aussi sa situation socio-économique, ce pays ne peut continuer à héberger quelque 400 000 Palestiniens. Le chef de l’État, le général Émile Lahoud, a d’ailleurs souligné, lors de l’audience accordée aux délégations participant au congrès des émigrés, que la présence de ces centaines de milliers d’hôtes dans les camps porte en soi les germes d’un dangereux problème, si leur cause n’est pas traitée dès maintenant comme il convient. Cette question fait manifestement partie du dossier d’ensemble. Et à ce propos, on peut également rappeler, poursuit le diplomate, qu’avant même d’accéder à la première marche du podium, le général Lahoud, alors commandant en chef de l’armée, avait déclaré qu’après la récupération du Sud et de la Békaa-Ouest, le Liban ne serait pas le gardien de la quiétude d’Israël qui ne devait attendre de vraie sécurité qu’à travers une paix équitable et globale». «Cette paix équitable, répète la personnalité diplomatique citée, ne tient pas seulement au retrait israélien des territoires arabes et elle se trouve conditionnée également par d’autres volets, comme les réfugiés, les colonies, Jérusalem, l’armement et le partage des eaux. Ce sont des dossiers d’autant plus complexes qu’ils sont liés et interactifs. Il est donc illusoire de penser qu’on pourrait d’un claquement de doigts tout régler. Si les négociations devaient reprendre, ce qui semble probable au stade actuel, elles prendraient beaucoup de temps. M. David Satterfield nous semble donc un peu irréaliste quand il annonce que la paix dans la région est désormais à portée de main. Les Américains savent sans doute que ce n’est pas tout à fait exact. Mais il est en réalité de leur devoir même de promoteurs du processus de paix de faire montre d’optimisme. Il n’empêche, conclut le diplomate, qu’il y a peu de chances que la paix soit réalisée sous le règne de l’actuel président US et que son parti puisse en tirer avantage lors des prochaines présidentielles». D’ailleurs, il serait en quelque sorte plus juste que cela soit George Bush junior, candidat républicain potentiel à ces élections et qui paraît dès maintenant presque favori, qui fasse aboutir au Moyen-Orient le processus engagé par son père lors de la conférence de Madrid en 1991.
C’est avec une certaine fébrilité que les cercles diplomatiques de Beyrouth ont analysé les résultats des élections en Israël. Dès l’annonce de la victoire d’Ehud Barak, ces milieux, locaux, arabes ou occidentaux, ont entamé la course aux spéculations sur une paix régionale rapprochée. Mais rien n’est joué d’avance. «En effet, souligne un professionnel libanais, les choses, qui ne sont déjà pas claires, risquent de se compliquer encore. Du simple fait que des négociations suscitent par définition même des positions de surenchères marchandes. Tenez : comme l’État hébreu doit en principe tenter à la fois de se garder le plus de territoires possible et de disloquer le tandem syro-libanais, la riposte pourrait consister à faire du problème des réfugiés palestiniens, jusque-là marginalisé, un nœud...