Des centaines de sceaux de documents historiques des Archives secrètes du Vatican sont menacés de mort s’ils ne sont pas restaurés au plus vite, selon l’archevêque argentin Jorge Mejia, «archivisite et bibliothécaire de la Sainte Église romaine». Afin de réunir des fonds pour sauver ces chefs-d’oeuvre, Mgr Mejia a décidé de prendre des initiatives commerciales. Ainsi, 250 sceaux seront reproduits en or et en argent et mis en vente à des prix qui varient entre 80 et 700 dollars. La bulle du pape Boniface VIII annonçant le premier jubilé de l’histoire, en 1300, et la bulle du pape Jean-Paul II annonçant le jubilé de l’an 2000, avec leurs cachets, seront reproduites et mises en vente à un prix non encore fixé. «La consultation de ces documents de la part des historiens du monde entier ainsi que des processus chimiques menacent les cachets, surtout les pièces en cire et en plomb», a souligné le père Sergio Pagano, préfet des Archives. Des centaines de milliers de documents sont abrités dans les 120 kilomètres d’étagères des archives de l’Église. Ouverts aux savants par le pape Léon XIII il y a un siècle, ils sont consultables jusqu’au 12 février 1922, date de l’élection du pape Pie XI. «Des sommes importantes sont indispensables pour restaurer les sceaux les plus abîmés car les documents sans leur authentification perdraient une grande partie de leur importance», a affirmé Luca Becchetti, responsable de l’atelier de restauration des cachets. Napoléon président italien «Il nous a fallu trois ans de travail pour en restaurer 250 et plus d’un an et demi rien que pour restaurer les sceaux des 85 lords d’Angleterre appuyant la demande du roi Henri VIII adressée au pape Clément VII,en 1530, pour obtenir la dispense de son mariage avec Catherine d’Aragon», a-t-il expliqué, en rappelant que le double de ce document se trouve à Londres mais qu’il n’a plus ses cachets. Certains des sceaux appartenant au Vatican sont de véritables chefs-d’œuvre de miniature, d’autres sont particulièrement précieux rien que pour leur poids en or. Les archives abritent une collection d’une centaine de cachets en or, la plus importante du monde. Les souverains faisaient autrefois assaut d’imagination pour «impressionner» les papes. Le roi Philippe III d’Espagne a réclamé en 1600 son investiture au chef de l’Église catholique par une lettre authentifiée par un sceau en or d’un kilo, alors que son prédécesseur Philippe II avait à peine dépassé les 800 grammes. Quant aux lettres cachetées, le record revient à la reine Christine de Suède qui a annoncé en 1654 son abdication au pape Innocent X dans un acte authentifié par 306 sceaux en cire, servant de signatures. En 1803 Napoléon Bonaparte, «premier président de la République italienne», s’est manifesté auprès du pape avec un document scellé ratifiant le traité entre Pie VII et la République. Des centaines de kilos de documents sont envoyés chaque année aux archives par la secrétairerie d’État du Vatican, dont la plus part cachetés avec le sceau en plomb du pape, reproduisant ses armes sur la face et les têtes des saints Pierre et Paul sur le revers. Les nonciatures apostoliques du monde entier sont tenues de se débarrasser de leurs archives chaque 50 ans, en confiant leurs documents aux archives secrètes. Parfois les circonstances sont à l’origine de ces transferts de documentation. Le Saint-Siège, a révelé Mgr Mejia, a profité de la visite pastorale du pape à Cuba en janvier 1998 pour récupérer les archives de la nonciature à La Havane, qui ont voyagé dans un container à bord de l’avion papal.
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