Un ballet d’hélicoptères de combat, tous feux éteints, dans la nuit macédonienne: pendant que le sort du Kosovo se décide à Rambouillet, les pilotes de la Force d’extraction de l’Otan, avant-garde d’une éventuelle Kosovo Force (KFOR), peaufinent leur entraînement. Ils sont 1870 soldats, sous commandement français, déployés depuis début décembre en Macédoine, à quelques kilomètres du Kosovo, avec pour mandat de venir en aide en cas de difficulté aux 1 200 vérificateurs civils non armés de l’OSCE déployés dans la province serbe. Depuis deux mois et demi, ils ont répété des manœuvres d’évacuation de civils, blessés ou non, d’exfiltration, d’héliportage de groupes de combat, en terrain miné ou pas. Mercredi après-midi, sur la base des hélicoptères proche de Kumanovo (nord de la Macédoine), c’est l’heure du briefing des pilotes, français, italiens et néerlandais, trois heures avant le début de l’exercice. «Nous avons besoin de davantage d’entraînement combiné» (plusieurs nations) explique, en anglais, le colonel français Gérard Corbet, chef du Combine helicopter operation center. «Nous allons peut-être avoir une mission plus compliquée. Si nous traversons la frontière (yougoslave), je veux que nous allions tous de l’autre côté. Votre sécurité est mon impératif premier». «De jour, nous n’avons plus aucun souci», assure, quelques minutes plus tard, le colonel Corbet. «Mais de nuit, on a encore besoin de travailler, même si tous nos gars ou presque sont passés en Bosnie et ont l’habitude d’opérer en collaboration avec d’autres nations». À la nuit tombée, des pilotes du 3e régiment d’hélicoptères de combat (RHC, basé à Étain, nord-est de la France) retrouvent dans la grande salle du réfectoire deux équipages néerlandais et deux italiens pour répéter en accéléré le déroulement de la manœuvre. Exercice d’infiltration Sous les ordres du lieutenant-colonel français Philippe Bonnet, ils marchent à tout petits pas entre des «points de compte rendu», figurés par des bouteilles d’eau minérale posées au sol. «Ce soir, c’est un exercice d’infiltration: cent kilomètres en milieu “ semi-permissif” , récupération de vérificateurs, exfiltration, commente l’officier. Un ballet de douze hélicos dans un carré de huit kilomètres sur trois. Faut pas se rater». Pour éviter tout problème de compréhension, toutes les manœuvres sont désignées par un nom de code. «Une question, intervient le pilote néerlandais d’un hélicoptère de transport Chinook. Si votre appareil est abattu, qui prend le commandement?». «C’est Puma 1», répond le lieutenant-colonel Bonnet. «OK. On le refait sans aucun commentaire». Peu après 20h00, décollage simultané des trois hélicoptères italiens (deux Mangousta, un Bell), deux énormes Chinook néerlandais et sept appareils français (trois Gazelle et quatre Puma, qui transportent les fantassins). Dans un champ à 110 km au sud de Skopje, le groupe de combat (trente hommes) est débarqué pendant quelques minutes, s’entraîne à sécuriser un périmètre donné, remonte à bord. Retour à la base. «Si notre mission évolue pour constituer par exemple une avant-garde de la KFOR, cet entraînement à aller récupérer des gens en difficulté ne sera pas perdu», estime le lieutenant-colonel Charles de Kersabiec, porte-parole de la Force d’extraction. «Il n’est pas pour l’instant question de renvoyer les vérificateurs. Et de toute façon, dans le cadre d’une brigade multi-nationale, il est toujours bon de s’habituer aux différentes procédures». À l’état-major de la force, un officier supérieur qui demande à rester anonyme estime pour sa part que «même s’il y a un accord samedi à Rambouillet, des éléments incontrôlés peuvent en être mécontents». «Un gars qui estime avoir été trahi, avoir tout perdu, est le pire des ennemis. Notre mission n’est pas terminée. Nous serons d’autant plus vigilants ce week-end».
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