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Actualités - Chronologie

Le récit rocambolesque du coup de filet de Nairobi

Ce sont des hommes des forces spéciales turques secrètement acheminés par avion au Kenya dans un jet privé qui se sont emparés lundi à Nairobi du leader séparatiste kurde Abdullah Öcalan au nez et à la barbe des diplomates grecs qui cachaient depuis 12 jours le fugitif. La presse turque, qui salue comme une réussite magistrale le coup de la main des forces d’élite d’Ankara, abonde mercredi en détails sur cette opération rocambolesque qui met fin à quatre mois d’errance internationale du chef du PKK. Le commando turc, dont ignore l’effectif, a utilisé un Falcon de fabrication française appartenant à un homme d’affaires turc pour se rendre en Ouganda, deux jours avant l’enlèvement, pour y attendre le moment propice d’agir au Kenya voisin. C’était bien le Kenya Certaines zones d’ombre subsistent encore: quelle aide les Turcs ont alors reçu de leurs alliés américains, bien implantés en Afrique de l’Est? Dans quelle mesure leur ennemi héréditaire grec avait-il conscience qu’Öcalan allait à sa perte lorsqu’il a quitté son refuge de la résidence de l’ambassade de Grèce à Naibori? Toujours est-il que, lundi soir, Öcalan quitte la résidence de l’ambassadeur de Grèce, accompagné par des responsables kenyans présumés, persuadé qu’il se rend à l’aéroport pour embarquer à destination des Pays-Bas. Le chef de l’immigration kenyane, Frank Kwinga, a affirmé mercredi que ce sont bien les autorités kenyanes qui avaient placé Öcalan à bord d’un avion quittant Nairobi. Kwinga contredit ainsi des déclarations antérieures des autorités de son pays qui affirmaient n’avoir joué aucun rôle dans la capture du leader séparatiste kurde par les forces turques lors d’un trajet vers l’aéroport. C’est lors de ce trajet que les agents turcs seraient intervenus, vraisemblablement avec une complicité kenyane. «Les forces de sécurité kényanes en collusion avec les agents turcs ont détourné sa voiture dans une autre direction», rapporte le journal Hürriyet, proche de l’armée turque. «Il serait faux de la part des Turcs de revendiquer le crédit de cette opération. Nous l’avons renvoyé et nous sommes très heureux qu’il ne soit plus ici. Nous avons renvoyé le bon bonhomme. Nous l’avons mis sur l’avion», a ajouté Kwinga. Il s’est refusé en revanche à dire si les autorités kenyanes savaient où se rendrait l’avion. «Lorsqu’un officier turc lui a attrapé le poignet en lui disant qu’il était arrivé au bout de son errance et qu’il se rendrait en Turquie, “Apo” s’est figé de terreur», rapporte le quotidien Sabah. Mardi, le ministre kenyan des Affaires étrangères, Bonaya Godana, avait nié tout rôle de son pays dans le transfert d’Öcalan vers la Turquie et avait affirmé que c’était l’ambassadeur de Grèce, expulsé depuis, qui l’avait accompagné jusqu’à l’avion. La presse grecque accuse le gouvernement d’avoir remis le leader séparatiste kurde sur un plateau à l’ennemi héréditaire d’Athènes et le ministre des Affaires étrangères, Theodoros Pangolos, a eu du mal à convaincre le Parlement grec qu’Öcalan était parti de lui-même ignorant les conseils grecs de ne pas se fier aux Kenyans. Les États-Unis et Israël ont catégoriquement démenti pour leur part avoir fourni un coup de main à leur allié turc pour mener à bien le rapatriement du chef rebelle. «Bienvenue chez vous ! » Mais la presse turque ne croit pas un mot du démenti de Washington sur une participation «directe» des services américains. Selon Sabah, la CIA avait informé tout de suite la Turquie du lieu de refuge d’“Apo”. La presse grecque met pour sa part en cause les États-Unis et Israël, lequel, malgré son démenti, a mis ses missions à l’étranger en état d’alerte. La presse turque avance que Washington a notamment aidé Ankara à traquer Öcalan en échange de son rejet des pressions irakiennes pour que les bases turques ne servent plus aux avions américains frappant le nord de l’Irak. Une fois dans l’avion, «Öcalan a été ligoté sur son fauteuil, ses yeux ont été bandés et on a pris ses empreintes digitales pour les faxer à Ankara aux fins de vérification», rapporte Hürriyet. Lorsque son bandeau a été enlevé à son arrivée, des hommes des forces spéciales turques au visage masqué lui ont dit : «Bienvenue chez vous», ce à quoi il a répondu avec un rictus: «Merci, j’aime vraiment la Turquie et le peuple turc». Le chef séparatiste, qui encourt la peine de mort lors du procès qui l’attend, a atterri dans l’obscure station de Bandirma, en mer de Marmara, avant d’être acheminé par une frégate qui l’y attendait vers une forteresse insulaire, où son interrogatoire a commencé. «Le diable est en cage», conclut le journal Sabah à propos du chef nationaliste, qui n’avait pas revu son pays depuis 1980.
Ce sont des hommes des forces spéciales turques secrètement acheminés par avion au Kenya dans un jet privé qui se sont emparés lundi à Nairobi du leader séparatiste kurde Abdullah Öcalan au nez et à la barbe des diplomates grecs qui cachaient depuis 12 jours le fugitif. La presse turque, qui salue comme une réussite magistrale le coup de la main des forces d’élite d’Ankara, abonde mercredi en détails sur cette opération rocambolesque qui met fin à quatre mois d’errance internationale du chef du PKK. Le commando turc, dont ignore l’effectif, a utilisé un Falcon de fabrication française appartenant à un homme d’affaires turc pour se rendre en Ouganda, deux jours avant l’enlèvement, pour y attendre le moment propice d’agir au Kenya voisin. C’était bien le Kenya Certaines zones d’ombre subsistent...