«Dans un igloo, ce n’est pas le froid qu’il faut combattre, c’est l’humidité» : Jacques Desbois, qu’on appelle parfois hôtelier de l’hiver mais qui se dit surtout passionné des igloos, prépare comme tous les soirs une dizaine d’amateurs à passer la nuit dans l’habitation traditionnelle de certains peuples de l’Arctique. M. Desbois a construit ses igloos il y a une dizaine de jours à Québec, au bord des plaines d’Abraham qui servent de cadre chaque année au Carnaval d’hiver, la plus grande manifestation du genre au monde. Il y a le grand igloo où l’on accueille les badauds pour leur expliquer comment on fabrique cette maison de neige. Il y a l’igloo où, sur une table de glace, on présente les objets de l’artisanat du Grand Nord. Il y a enfin plusieurs petits igloos et queenzys où les visiteurs peuvent venir dormir comme on le fait à quelques milliers de kilomètres plus au nord, temporairement le plus souvent, tout l’hiver dans l’Arctique central, au milieu de la côte nord de l’Amérique. Ce produit-là, Jacques Desbois l’a lancé il y a trois ans, dans ses installations permanentes au bord du lac Delage, près de Québec. Cette année, deux autres petites entreprises lui font concurrence, mais pour le moment, c’est encore lui qui règne en maître. «J’ai découvert par hasard l’igloo quand j’avais 17 ans, depuis j’en suis fou», raconte-t-il. Et peu à peu, il parvient à faire partager sa passion, à amener, comme il dit, «l’aventure aux gens». «C’est plus difficile que les tours en moto-neige ou en traîneau à faire rentrer dans les mentalités, mais ça y est, je sens que le produit commence à acquérir sa notoriété», assure-t-il. Neige compactée Comme tous les soirs, l’équipe de M. Desbois — des jeunes, experts en tourisme d’aventure — explique aux visiteurs d’une nuit les différences entre les igloos, construction inuit, et les queenzys, construction amérindienne, qui ont tous deux presque même apparence, avec leur forme en dôme et leurs parois d’au moins 30 centimètres d’épaisseur. Les premiers sont faits de blocs de cette neige compactée que l’on trouve dans l’Arctique, posés en spirale comme une coquille d’escargot. Les queenzys, eux, partent d’un gros tas de neige bien tassée dont on évide l’intérieur, avec une raquette jadis, une pelle aujourd’hui. Ils sont inconnus dans le Grand Nord, où la neige non glacée est rare. Dans l’un comme dans l’autre, quelle que soit la température extérieure, il fera toujours entre moins 3 et moins 7 degrés. Jamais en dessous. La neige constitue en effet un très bon isolant : à 60 centimètres de profondeur, elle est moins froide qu’en surface d’une vingtaine de degrés. Il faut cependant se protéger. Le sol, surélevé traditionnellement par rapport à l’entrée, pour laisser s’échapper l’air froid, est couvert de branches de sapin, de toiles étanches et d’une peau de cheval. Les sacs de couchage de montagne, qui remplacent les peaux entassées des Inuit, sont prévus pour affronter jusqu’à moins 15 degrés. Avec un bonnet, des sous-vêtements très chauds et de bonnes chaussettes, le tour est joué, même si le nez a froid. L’essentiel sera de bien fermer le sac pour éviter l’entrée de toute humidité et, éventuellement, de ne pas transpirer. Le reste, c’est la voûte de l’igloo comme une église romane, l’épaisseur du silence, la lumière laiteuse du matin, l’odeur du sapin. «Mémorable», «inoubliable», voire «exotique», disent les amateurs d’un jour. «Une aventure parfaite au milieu de la ville», résume une Américaine du New Hampshire, Barbara Radcliffe Rogers, qui écrit des guides d’«aventure douce».
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