La prochaine régularisation de 250 000 immigrés clandestins, d’une ampleur sans précédent en Italie, inquiète l’opposition de droite qui agite le spectre d’un nouvel afflux de clandestins et d’un regain de la criminalité. Le gouvernement italien a autorisé mardi la délivrance d’un permis de séjour à ceux qui en ont fait la demande entre début novembre et le 15 décembre dernier. Pour l’obtenir, les 308 233 immigrés qui ont déposé un dossier devront avoir un travail, un logement, un casier judiciaire vierge et justifier de leur présence en Italie avant le 27 mars 1998, date d’entrée en vigueur d’une nouvelle loi sur l’immigration. Selon le ministère de l’Intérieur, 250 000 personnes devraient satisfaire à ces critères. Ils viendront s’ajouter aux 38 000 autres que les autorités avaient initialement prévu de régulariser. «Si les estimations sont confirmées, il s’agira de la plus importante vague de régularisations jamais enregistrée en Italie», a souligné Claudio Martelli, ancien ministre socialiste de la Justice, à l’origine de la première loi italienne sur l’immigration. «Les nouveaux immigrés porteront le nombre total d’étrangers en règle dans notre pays à 1,5 million avec une progression de 25 % en une seule année», a-t-il ajouté. Avec 39 455 demandes, les Albanais ont été les plus nombreux à demander un permis de séjour, suivis des Roumains (23 456) et des Marocains (22 469). Les autres candidats viennent de Chine, du Nigéria, du Sénégal, du Bangladesh ou d’Inde. La gauche et les associations ont salué la décision «intelligente» et «humaine» du gouvernement. «C’est un choix rationnel et réaliste, il aurait été insensé de maintenir dans l’irrégularité des personnes déjà insérées dans le monde du travail», a déclaré la parlementaire communiste Rosanna Moroni. L’adoption conjointe de mesures renforçant la lutte contre les passeurs de clandestins n’a pas convaincu l’opposition de droite et les sécessionnistes de la Ligue du Nord, le parti d’Umberto Bossi. Ces derniers dénoncent la volonté de l’État d’imposer une société multiraciale et pronostiquent un regain de criminalité. Forza Italia, de Silvio Berlusconi, estime que ces régularisations vont inciter de nouveaux clandestins à venir en Italie. Impératifs démographiques La droite relève les «contradictions» de l’exécutif qui, il y a encore quelques mois, rejetait l’idée d’une régularisation massive. Selon Alliance nationale (AN, post-fasciste), «le gouvernement n’a ni la force ni la volonté de contrer le phénomène de l’immigration clandestine». Artisane du décret de régularisation, le ministre de l’Intérieur Rosa Russo Jervolino a réaffirmé sa volonté de lutter contre l’afflux de clandestins, quasi quotidien sur les côtes du pays, rappelant que 54 000 clandestins avaient été expulsés en 1998. La vague de régularisation n’a pas que des raisons humanitaires. Comme l’a observé mercredi Il Corriere della Sera, «d’ici 2020, le taux de vieillissement de la population italienne dépassera de 3 % la moyenne européenne» et «une immigration sérieusement contrôlée peut jouer un rôle déterminant» pour inverser cette tendance. Des démographes ont souligné que la légère augmentation de la population était uniquement due aux enfants d’immigrés. Par ailleurs, malgré un taux de chômage de 12,6 %, l’Italie demeure confronté à un besoin de main-d’œuvre dans les petites entreprises et les travaux saisonniers. Enfin, avec un peu plus d’1,2 million d’étrangers en règle, l’Italie ne se situe qu’au 4e rang européen, loin derrière l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne, selon l’association Caritas.
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