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Actualités - Chronologie

Santé - La simulie provoque la cécité des rivières Chasseur de mouches

Si vous surprenez un homme au regard fixe, silencieux comme un moine, aux bords d’une rivière ouest-africaine, ne concluez pas à une séance d’adoration animiste : il s’agit d’une partie de chasse à la «simulie». Cette mouche, grosse comme une tête d’aiguille, aime se nourrir de sang humain et transmet l’onchocercose, ou «cécité des rivières», maladie qui se manifeste particulièrement le long des vallées fluviales fertiles. Après piqûre, les larves de la «simulie» s’attaquent à l’organisme et principalement au système oculaire. La chasse ou la capture de la mouche a été créée et développée dans le cadre du Programme de lutte contre l’onchocercose (OCP).«La capture de la simulie est extrêmement importante car elle permet de faire une évaluation de la transmission de la maladie chez la mouche», explique le docteur Hyacinthe Agua, responsable de la zone-est de l’OCP. Lancé en 1974 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’OCP a permis de quasiment éradiquer la maladie dont étaient atteints il y a vingt-cinq ans près d’un million de personnes, du Sénégal au Bénin, en passant par le Mali et le Niger. À l’époque, quatre malades sur 10 devenaient aveugles. À son lancement, l’OCP avait mis en place plus de 400 points de capture dans les onze pays du programme et avait employé autant de «chasseurs». Salaire réduit Kombaté Dametote, 45 ans, est «captureur professionnel» depuis dix ans. Assis au bord du fleuve togolais la Kara, il relève son pantalon jusqu’aux genoux et offre sa jambe comme appât. Avec une extrême vigilance, il suit du regard une mouche affamée qui se pose sur son mollet. Avec une promptitude de félin, Dametote retient la mouche prisonnière dans un petit bocal en plastique. Ne pas se faire piquer et savoir lire et écrire sont les qualités requises chez un bon «captureur». Les «prises» sont conduites au laboratoire pour être disséquées. «Le fait de disséquer nous permet d’étudier l’évolution de la transmission. Nous nous sommes rendus compte au cours des années qu’il y avait une bonne concordance entre la situation entomologique et la situation épidémiologique», souligne le Dr Agua. Le chasseur travaille sept heures par jour, avec un repos toutes les heures. Sabi Kamalaye Moussa, 45 ans, doit relayer une heure plus tard Dametote. Il a été employé en mai 1976. À l’époque, explique-t-il, «je capturais jusqu’à 600 mouches par jour contre onze actuellement», signe d’un recul de la maladie. Victimes de leur succès, les chasseurs sont passés de 400 à une centaine actuellement. Leur salaire a également subi une coupe sombre. Sabi, qui touchait 150 000 FCFA (1 500 FF) par mois, ne se contente plus depuis deux ans que de 36 000 FCFA mensuels, avec une prime journalière de 7 000 FCFA, lors des missions hors de son point de capture habituel. Mais, dit-il, «le souci de sauver mon village a pris le dessus sur un salaire dérisoire par rapport aux risques encourus». Surveillance, capture, traitement larvicides, distribution de médicaments ont constitué la chaîne de réussite du programme. La rupture d’un maillon comme la capture favorisera la résurgence de la maladie, ont averti les experts.
Si vous surprenez un homme au regard fixe, silencieux comme un moine, aux bords d’une rivière ouest-africaine, ne concluez pas à une séance d’adoration animiste : il s’agit d’une partie de chasse à la «simulie». Cette mouche, grosse comme une tête d’aiguille, aime se nourrir de sang humain et transmet l’onchocercose, ou «cécité des rivières», maladie qui se manifeste particulièrement le long des vallées fluviales fertiles. Après piqûre, les larves de la «simulie» s’attaquent à l’organisme et principalement au système oculaire. La chasse ou la capture de la mouche a été créée et développée dans le cadre du Programme de lutte contre l’onchocercose (OCP).«La capture de la simulie est extrêmement importante car elle permet de faire une évaluation de la transmission de la maladie chez la...