En France, le secteur public a poursuivi cette année sans répit sa cure d’amaigrissement sous la houlette du gouvernement Jospin, dont le palmarès en matière de privatisations n’aura sans doute bientôt plus grand- chose à envier à celui de ses prédécesseurs. La récente parution du décret de privatisation partielle d’Air France (20 % du capital normalement mis en Bourse l’an prochain) vient couronner un parcours 98 jalonné par l’émancipation de toute une série d’entreprises publiques qui vont quitter, totalement ou en partie, le giron de l’État. Pour ne pas froisser ses alliés communistes, l’équipe Jospin est certes restée très en retrait par rapport à la privatisation totale de la compagnie aérienne défendue par son ancien PDG Christian Blanc, au prix de son poste. Mais de l’avis de nombreux analystes, on voit mal comment le processus d’ouverture du capital pourrait s’arrêter en si bon chemin. Après la période de flottement liée au changement de gouvernement au printemps 97, le processus de privatisation a repris dès l’automne avec la cession d’une première tranche du capital de France Télécom. Viendront ensuite le CIC, cédé en avril 98 au Crédit mutuel, le GAN, dont l’État remet les clés à Groupama, le groupe d’électronique Thomson Multimédia dont il décide l’ouverture du capital à hauteur de 30%. En juin, le gouvernement réussit la privatisation en douceur de Thomson-CSF, en le rapprochant d’Alcatel pour constituer un pôle d’électronique de défense où la part publique a été diluée. Nouvelle doctrine Le mariage d’Aerospatiale et de Matra, dans le cadre de la restructuration de l’industrie de défense française, a été annoncé cet été, avec dans la corbeille la privatisation du nouvel ensemble par la mise en Bourse au premier trimestre 99 de 20% supplémentaires de son capital. C’est maintenant au tour de la Caisse nationale de prévoyance (CNP) d’être partiellement introduite en Bourse. Puis la Société marseillaise de crédit, surnommée le «Crédit lyonnais de provence» pour ses pertes abyssales, est cédée au CCF. Les socialistes, qui promettaient lors de la campagne électorale de donner un coup d’arrêt aux privatisations, peuvent finalement se targuer d’avoir pratiquement réglé tous les dossiers financiers épineux légués par l’ancien gouvernement et d’avoir réussi plusieurs opérations (Thomson, GAN-CIC...) sur lesquelles l’équipe Juppé s’était cassé les dents. Au total, quand la droite était aux commandes entre 1993 et mai 1997, l’État a engrangé 154 milliards (de recettes brutes) au titre des privatisations. La première opération France Télécom menée par Lionel Jospin a rapporté près de 43 milliards l’an dernier. Et Bercy a annoncé à la rentrée que les recettes de privatisation atteindraient environ 64 milliards de FF en 1998 et 1999. Une estimation globale qui ne prend que partiellement en compte ce que pourront rapporter Air France, Aérospatiale ou encore le Crédit foncier, que le gouvernement est bien décidé à vendre «avant l’été 99». Le gouvernement a cependant le triomphe discret, en raison des tiraillements que cette politique continue de provoquer au sein de sa majorité. Et il l’entoure de nombreuses justifications. Les privatisations — un mot que le gouvernement répugne à employer — ne sont «en rien un objectif, ni un expédient budgétaire», affirmait dernièrement le ministre des Finances, Dominique Strauss-Kahn. Et d’invoquer les engagements pris par l’équipe précédente ou une «stratégie industrielle» qui aboutit à «des alliances qui peuvent conduire l’État à perdre la majorité». Ce pragmatisme s’habille désormais d’une nouvelle doctrine, formulée par Lionel Jospin: «la gestion offensive des entreprises publiques».
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