Le bureau est lisse, clair, un peu comme la personne… Charles Homsy, Charlie pour les intimes, est un véritable fils de pub qui a grandi dans l’univers des chiffres, des images et des mots… Il possède le charme discret de la bourgeoisie, celui qui ne s’apprend pas, fruit d’un mélange subtil de pudeur et de charme. Ce grand blond avec son crayon noir aime tant «jouer» avec les mots, qu’en parlant, il prend le temps de les choisir, un à un, comme pour trouver la combinaison idéale. Des mots qui comptent triple, Charlie Homsy en a beaucoup dans son vocabulaire et dans sa carrière ! Son parcours débute en 1969. Il est alors nommé «Account Executive» de l’agence Young & Rubicam, première boîte américaine à s’être installée au Moyen-Orient et, très rapidement, «Account Director». En 1974, il crée sa propre agence et devient le H de H&C, un h inspiré, marquant d’une initiale et de son professionnalisme un duo réussi avec son associé Farid Chehab. L’agence grandit, s’expatrie à Paris pour quelques mois au début de la guerre, puis installe très courageusement son quartier général à Beyrouth, en 1977, à la différence des concurrents qui choisissent de s’exiler. Trois ans plus tard, l’agence conclut une association stratégique avec « Léo Burnett», H&C Léo Burnett est née. «J’ai dirigé l’agence jusqu’en 1990, avoue ce cow-boy des villes, gros fumeur et grand sportif, année où se sont conjuguées la guerre du Golfe et celle du général Aoun. Il fallait s’adapter aux problèmes posés et les résoudre logiquement». Charlie Homsy, qui avait, par ailleurs, «envie de prendre le temps de vivre après 15 ans de carrière et de tâter d’autres choses», quitte l’embarcation, tout en gardant le lien. «Je n’ai pas coupé le cordon ombilical puisque je suis resté leur consultant, de 1991 à 1998, date à laquelle je m’estimais encore trop jeune et trop actif pour une retraite, même dorée». Cet homme libre résume ses envies professionnelles en un mot, le qualitatif : «J’ai voulu refaire une agence avec un nouveau style, où j’éviterais ce que je considère avoir été de fausses routes et où je mènerais mes affaires sans partenariat envahissant. Une agence qui serait la “Rolls Royce” des boîtes de publicité». En mars 1999, la limousine se lance dans le paysage publicitaire libanais, au service de quelques privilégiés. Son conducteur peut enfin signer des contrats choisis du bout de la plume audacieuse de son «Crayon Noir». Le temps de faire d’autres choses Avec son nouvel emploi de temps qui lui permet, encore une fois, de choisir la qualité, cet amateur de la vie peut enfin s’adonner aux passions, «J’en ai beaucoup!», plus ou moins secrètes, qui le chatouillent. Et surtout le sport, «J’ai toujours été un joueur de tennis, je peux enfin pratiquer ce sport à l’heure que je veux», et le scrabble. Le mot magique est lancé, l’homme qui se dit secret sort prudemment de sa réserve. «Je me suis adonné au scrabble, qui reste quelque chose de très agréable, un passe-temps privilégié, après avoir longtemps “tapé le carton”, comme beaucoup de Libanais qui jouaient au poker, après le travail. Il y a quelque chose de frustrant dans les jeux de cartes car, hormis le bridge, le pourcentage de chance varie dans ces jeux de 60 à 90 %. Le joueur a beau être bon, s’il n’a pas de chance, il perd. Alors, lorsqu’il perd, il met sa défaite sur le compte de la malchance; s’il gagne, il n’a pas de fierté car il aura eu de la chance!». Charlie Homsy choisit donc le scrabble, découvert durant la guerre, aux heures stériles des longues attentes et plus particulièrement le «scrabble duplicate», où tous les joueurs tirent les mêmes lettres, excluant ainsi au maximum le facteur chance. «Ce jeu de mémoire et de technique m’a nécessairement plu ! Au début, en 1991, je jouais à un rythme effréné, trois heures par jour, 365 jours par an, à la maison ou dans les clubs. Avec le temps et l’usure, j’ai ralenti le rythme, préférant me frotter à des joueurs dans des clubs. Pour finalement revenir à l’essentiel, une partie sérieuse, avec un arbitre et un résultat à la clef». Et donc des compétitions, où il sera plusieurs fois classé second. «Je joue pour gagner, mais j’ai l’esprit sportif !». Ses victoires – personnelles – ont trouvé leur place, cette année, dans la vie de cet homme qui a connu la gloire au point de pouvoir aujourd’hui s’en passer. En face de son bureau traîne un 1, discret mais fier, symbole et souvenir d’une carrière importante. «J’ai la chance d’avoir pu prendre du recul et de pouvoir reprendre à zéro en évitant beaucoup d’écueils. Le côté gênant de la réussite en affaire est d’être sous les projecteurs. Si je suis fier, je le suis pour moi, si on m’en parle, je suis gêné». Ce grand timide sort alors son cahier d’écolier où sont alignés, sagement, derrière la marge, des centaines de mots, locataires de ses phrases et de sa mémoire. Et sur une page encore blanche, il griffonne avec son crayon un mot noir, avant d’entamer une «démonstration» sur toutes les déclinaisons «scrabbleiennes» possibles. Ce mot, «orgueil»...
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