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Actualités - Reportages

Correspondance Les convoyeurs attendent Réalisme et onirisme belges

On a le livre de chevet qu’on veut... ou qu’on peut ! Ainsi, plutôt que de lire les grands classiques de la littérature, Roger, photographe de presse dans la banlieue de Charleroi, en Belgique, semble avoir une prédilection pour le Livre des Records. C’est là qu’il a trouvé l’idée dont Benoît Mariage a fait la trame d’une première œuvre de fiction particulièrement originale : Les convoyeurs attendent. Donnons-lui sans hésiter le pas sur l’autre film belge du moment, Rosetta, justement parce qu’on parle davantage de ce dernier, pour cause de Palme d’Or à Cannes. Les convoyeurs attendent se trouvait d’ailleurs lui aussi à Cannes, dans la sélection de la Quinzaine des Réalisateurs, et un court métrage de Benoît Mariage, Le signaleur, couvert de lauriers dans différents festivals, avait également été primé dans le cadre de la Semaine de la critique. Des digressions Il s’agissait d’un documentaire et, pour Benoît Mariage, la formation à l’école du documentaire est un avantage quand on aborde la fiction car on se montre moins attaché à la lettre du scénario. Tout en lui offrant un cadre précis, celui des Convoyeurs attendent accueille d’incessantes digressions pétries de fantaisie où comique et tragique se côtoient, où l’onirisme et le réalisme de la chronique sociale sont curieusement inséparables. Magnifiquement exalté par un noir et blanc qui vibre de mille nuances, le décor du film, paysage typique d’une région minière sur le déclin, où l’herbe recouvre aujourd’hui les terrils, comporte une forte charge poétique. C’est là que vit Roger (Benoît Poelvoorde, un prodigieux acteur), entouré d’une femme plutôt effacée et de ses deux enfants, Michel, 15 ans, et Luise l’espiègle, 8 ans. Il pirate les fréquences de police pour être le premier à prendre les photos d’un fait divers ou d’une catastrophe naturelle. Mais les trajets à moto commencent à lui peser, et il rêve de la voiture promise par l’Association locale des commerçants à quiconque battrait un quelconque record du monde. Une fable Il rêve aussi de casser la routine et, afin d’entrer dans le troisième millénaire sur un coup d’éclat, envisage de faire battre par son fils le record du monde d’ouverture et de fermeture d’une porte : soit plus de 40 000 fois en 24 heures. Une porte est aussitôt installée dans leur jardin, puis un coach à l’américaine engagé pour entraîner Michel et lui faire acquérir le mental du gagneur. Mais l’apprenti champion ne se montrera pas à la hauteur des espoirs placés en lui : le soir de la compétition, sur fond de musette, il craquera au bout de quelques heures et, rendu fou par l’effort, partira en trombe au volant de la voiture neuve, foncera droit dans un arbre et sombrera dans un coma profond. L’occasion pour le réalisateur d’insérer dans le récit quelques épisodes drolatiques, comme le mariage de l’accidenté avec sa jeune fiancée qui attend de lui un enfant. Le battant de porte posé sur l’herbe du jardin évoque irrésistiblement Magritte, et bien d’autres séquences insolites ou carrément bizarres semblent relever du surréalisme tel que les Belges le pratiquèrent. Mais Benoît Mariage récuse farouchement cette étiquette. À l’en croire, c’est plutôt l’hyperréalisme qu’il cultiverait, et l’on n’attendrait pas une autre profession de foi de la part d’un ancien documentariste. On ne le contrarierait sans doute pas en décrivant son film comme une fable à classer dans la catégorie du réalisme poétique.
On a le livre de chevet qu’on veut... ou qu’on peut ! Ainsi, plutôt que de lire les grands classiques de la littérature, Roger, photographe de presse dans la banlieue de Charleroi, en Belgique, semble avoir une prédilection pour le Livre des Records. C’est là qu’il a trouvé l’idée dont Benoît Mariage a fait la trame d’une première œuvre de fiction particulièrement originale : Les convoyeurs attendent. Donnons-lui sans hésiter le pas sur l’autre film belge du moment, Rosetta, justement parce qu’on parle davantage de ce dernier, pour cause de Palme d’Or à Cannes. Les convoyeurs attendent se trouvait d’ailleurs lui aussi à Cannes, dans la sélection de la Quinzaine des Réalisateurs, et un court métrage de Benoît Mariage, Le signaleur, couvert de lauriers dans différents festivals, avait également été...