La médecine traditionnelle chinoise, en plein essor à travers le monde, était sur la sellette le week-end dernier à Pékin, lors d’un symposium organisé par le Fonds mondial de la nature (WWF), en raison de sa consommation importante d’espèces menacées de disparition. «Nous voulons aider cette médecine à prendre en compte des critères écologiques au cours du nouveau millénaire, dans l’intérêt de l’économie chinoise mais également de la planète», a déclaré à Pékin Jim Harkness, le représentant du programme chinois du WWF. C’est la première fois qu’un symposium du WWF, auquel participent des médecins et des officiels chinois, est organisé par la Chine, régulièrement accusée par les mouvements écologiques d’être l’une des principales responsables de la disparition d’espèces protégées à l’échelon international comme les rhinocéros, les tigres ou les ours. Aujourd’hui officiellement interdits de vente, les cornes de rhinocéros, les os de tigre ou la bile d’ours ont toujours été prisés par les Chinois, entrant dans la composition de médicaments traditionnels destinés, notamment, à soigner la fièvre ou les rhumatismes. Mais au-delà de ces animaux médiatiques, la médecine chinoise, vieille de 5 000 ans, utilise actuellement environ un millier d’espèces, principalement végétales, dont beaucoup sont également menacées de disparition. «La demande (...) est très forte et continue à avoir des effets négatifs sur les autres pays, mais surtout en Chine où de nombreuses personnes dépendent principalement de la médecine traditionnelle», a reconnu M. Harkness lors d’une conférence de presse organisée avant l’ouverture du symposium. Risque de catastrophe Le problème est d’autant plus urgent que la médecine traditionnelle chinoise, très économique et dont l’efficacité est reconnue bien au-delà des communautés chinoises à l’étranger, est appelée à un développement spectaculaire. Selon le WWF, elle devrait passer d’un chiffre d’affaires de l’ordre d’un milliard de dollars actuellement à 12 milliards en 2010. Pour éviter que cet engouement ne se traduise par une catastrophe écologique, le WWF encourage la Chine à développer des substituts pour remplacer les espèces en voie de disparition et à prendre en compte des critères écologiques stricts dans la fabrication des médicaments traditionnels. C’est ainsi qu’une célèbre liqueur à base de tigre a été remplacée par un ersatz à base de rat, avec un succès mitigé jusqu’à présent malgré des études scientifiques confirmant son efficacité. M. Peter DeBrine, le directeur des campagnes du WWF en faveur des espèces, reconnaît pour sa part que malgré des efforts dans les milieux médicaux, le grand public chinois a jusqu’à présent été peu sensibilisé au problème. Les autorités chinoises éprouvent par ailleurs des difficultés à stopper une contrebande débridée, stimulée par les prix astronomiques atteints par le commerce illicite d’espèces en voie de disparition (une livre d’os de tigre peut ainsi facilement atteindre 1 000 dollars sur le marché noir). Mais au-delà des espèces menacées d’extinction immédiate, citées à l’annexe 1 de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces en danger), la Chine continue à fermer les yeux sur le commerce des espèces menacées d’extinction à court terme, citées à l’annexe 2 : certaines antilopes, mais également certains daims, recherchés pour leur musc, ou encore le ginseng sauvage. Répondant à l’attente des clients, les commerçants n’hésitent pas à proposer ouvertement des pattes de tigre ou des pelages de panda, vrais ou faux, sur les marchés du nord au sud du pays.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La médecine traditionnelle chinoise, en plein essor à travers le monde, était sur la sellette le week-end dernier à Pékin, lors d’un symposium organisé par le Fonds mondial de la nature (WWF), en raison de sa consommation importante d’espèces menacées de disparition. «Nous voulons aider cette médecine à prendre en compte des critères écologiques au cours du nouveau millénaire, dans l’intérêt de l’économie chinoise mais également de la planète», a déclaré à Pékin Jim Harkness, le représentant du programme chinois du WWF. C’est la première fois qu’un symposium du WWF, auquel participent des médecins et des officiels chinois, est organisé par la Chine, régulièrement accusée par les mouvements écologiques d’être l’une des principales responsables de la disparition d’espèces...