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Actualités - Chronologie

Retour sur une disparition Dirk Bogarde : une subtilité perverse

Ou une perversité subtile: on peut choisir. Dirk Bogarde fut un très grand acteur. Un de ceux qui ont «marqué» le cinéma anglais. Un homme de culture, de caractère... et aussi un homme de lettres. Trouble, troublé, troublant: les personnages qu’il incarnait à l’écran furent souvent, à sa propre image, d’une complexité fascinante, jusqu’à en être inquiétante. Mais son immense talent transcendait limites et clivages et toutes les appréciations par trop tranchées. Peut-être son rôle le plus significatif, à cet égard, est-il celui du valet cyniqe et envahissant, qu’il tenait magistralement dans le beau film de Joseph Losey, The Servant (1963), récemment programmé au Vidéo-Club de l’Iesav. L’homme se présentait, s’insinuait, s’imposait et, enfin, détruisait. Une diabolique performance! – 1961. Que l’on songe à la manière dont le cinéma abordait – en Angleterre ou ailleurs – les problèmes liés à l’évolution des mœurs, il y a donc près de 40 ans de cela. Sous cet éclairage, considérablement modifié par la suite, Victim, de Basil Dearden, était un film qui ne manquait pas de courage: Dirk Bogarde, alors déjà bien connu, y incarnait un avocat soumis à un chantage homosexuel. – Du coup, deux ans plus tard, un des meilleurs cinéastes anglais, Joseph Losey, lui demande de jouer The Servant, justement, aux côtés de James Fox et Sarah Miles. Bogarde et Losey travailleront ensemble dans trois autres films: en 64, King and Country, où l’acteur est un avocat militaire défendant un soldat déserteur, en pleine Première Guerre mondiale (on pense à Paths of Glory, de Stanley Kubrick) – en 66, Modesty Blaise, avec Monica Vitti et Terence Stamp, une BD style «pop» filmée en amateur par Losey – et, en 67, Accident (avec Stanley Baker, Delphine Seyrig et Harold Pinter, auteur du scénario), qui met brillamment en scène le milieu universitaire d’Oxford et ses intrigues feutrées. Autant de créations, à la fois retenues et puissantes, qui consacrent la renommée de Bogarde, désormais sollicité par les metteurs en scène les plus cotés. Il tourne pour Luchino Visconti (The Damned, en 69, et Mort à Venise, en 71), pour Alain Resnais (Providence – 77), pour R.W. Fassbinder (Despair – 78). Sans oublier George Cukor (Justine – 69), Liliana Cavani (Portier de nuit – 74 – qui fait beaucoup de bruit) et aussi Henri Verneuil (Le serpent – 73 – un film d’espionnage rebaptisé Night Flight from Moscow chez les anglo-saxons). La dernière apparition de Dirk Bogarde au cinéma remonte à 1990: c’était dans le film (français) Daddy nostalgie, qui n’est pas ce que Bertrand Tavernier a fait de mieux. – Après avoir vécu en solitaire dans son mas provençal du sud-est de la France, il était revenu à Londres, «pour mourir près des siens». Il avait 78 ans. Dirk Bogarde avait écrit ses «mémoires»: la nôtre gardera son nom.
Ou une perversité subtile: on peut choisir. Dirk Bogarde fut un très grand acteur. Un de ceux qui ont «marqué» le cinéma anglais. Un homme de culture, de caractère... et aussi un homme de lettres. Trouble, troublé, troublant: les personnages qu’il incarnait à l’écran furent souvent, à sa propre image, d’une complexité fascinante, jusqu’à en être inquiétante. Mais son immense talent transcendait limites et clivages et toutes les appréciations par trop tranchées. Peut-être son rôle le plus significatif, à cet égard, est-il celui du valet cyniqe et envahissant, qu’il tenait magistralement dans le beau film de Joseph Losey, The Servant (1963), récemment programmé au Vidéo-Club de l’Iesav. L’homme se présentait, s’insinuait, s’imposait et, enfin, détruisait. Une diabolique performance! – 1961. Que...