Reléguée par l’Otan à l’arrière-plan dans la guerre contre les Serbes, l’Armée de libération du Kosovo (UCK) manifeste l’intention de rester un acteur-clé, et peut-être difficile, dans les négociations. L’UCK a tempéré les espoirs de solution diplomatique rapide, rejetant comme «totalement inacceptables» plusieurs points du plan élaboré par les puissances occidentales et la Russie au sein du G8. L’UCK, a dit son porte-parole Bilal Sherifi, exige toujours l’indépendance totale de la province serbe et non pas une autonomie. Il a aussi mis en cause le caractère vague du plan au sujet de la future force de maintien de la paix, estimant que seule l’Otan peut accomplir cette tâche convenablement. «Nous pensons que le G8, avec cet accord, échouera à arrêter la guerre au Kosovo, a averti M. Sherifi. Il aura un effet totalement inverse. Il prolongera la vie du régime barbare de (Slobodan) Milosevic (le président yougoslave) qui menace la paix dans la région». Au-delà de ces critiques, l’UCK visait clairement à s’octroyer un rôle central dans les négociations pour la fin des violences serbes contre les Albanais du Kosovo et pour l’arrêt des bombardements en République fédérale yougoslave (RFY - Serbie et Monténégro). L’organisation, si elle a joué un rôle primordial dans les négociations avortées de Rambouillet, n’a eu aucun contact direct avec l’Otan depuis le début des raids, le 24 mars dernier. L’UCK s’inquiète aussi, selon des experts dans la région, de l’importance de l’appui américain au dirigeant modéré des Albanais du Kosovo Ibrahim Rugova. M. Rugova «n’a aucun mandat pour négocier dans le problème du Kosovo», a affirmé vendredi un porte-parole de l’UCK, rejoignant certains diplomates qui se demandent s’il est judicieux de faire de lui un acteur de premier plan dans les négociations. «Je suis inquiet de voir les Américains mettre tout leur poids derrière Rugova, il est un élément dépassé», a estimé un diplomate occidental. Prec Zogaj, principal conseiller politique du président albanais Rexhep Mejdani, juge lui aussi que toute avancée vers la paix au Kosovo devra se faire avec l’UCK autant qu’avec Tirana et l’Otan. «L’UCK a joué un rôle important dans la défense du sol du Kosovo et de sa population, aussi on ne peut l’ignorer, a déclaré M. Zogaj. C’est une force active. Elle doit faire partie des pourparlers de paix». Il reste à déterminer à quel point l’UCK reste une force active. Les chefs de l’UCK revendiquent 15 000 hommes en armes. Ils sont de 8 000 à 10 000 selon des responsables américains, mais 5 000 ou moins d’après d’autres diplomates occidentaux. Les mêmes sources soulignent que l’UCK souffre de graves pénuries d’armes lourdes et d’équipement. Sur le front politique, l’un des chefs de l’UCK, Hashim Thaci, dirige un «gouvernement provisoire» du Kosovo créé le 2 avril. Mais il ne s’agit guère plus que d’une structure théorique. Les dirigeants occidentaux sont visiblement mal à l’aise à l’égard de l’UCK, même si les motifs n’en ont jamais été rendus publics. Pour certains analystes, les combattants kosovars sont trop désorganisés et peu démocratiques. D’autres mettent en évidence la rhétorique marxiste de certains leaders de l’UCK ou craignent qu’ils visent à long terme la création d’une grande Albanie. Quoi qu’il en soit, la coopération entre l’UCK et l’Otan paraît avoir été limitée à la fourniture par la première de renseignements pour guider les avions lors des raids. Les appels de l’UCK pour obtenir des armes ou autres équipements sont restés sans réponse. Une question-clé dans un éventuel règlement politique sera de savoir si l’UCK est prête à abandonner les armes, condition pour un soutien américain.
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