Fernando De la Rua avait abandonné dimanche son blouson fétiche de suédine marron qu’il traîne depuis 1973 pour le troquer pour un costume bleu foncé. Placé depuis de longues semaines en tête de tous les sondages, il a remporté presque naturellement l’élection présidentielle. Ce surdoué de la politique n’a jamais perdu une élection. Habitués aux personnages haut en couleur comme Carlos Menem, aux orateurs comme Raul Alfonsin, les Argentins ont, cette fois, placé leur confiance dans celui qui a choisi, une fois pour toutes, d’adopter une image de force tranquille. Le candidat de l’Alliance entre les radicaux (UCR) et le Frepaso (centre gauche) a joué sur son allure austère et sobre pour s’imposer chez les classes moyennes et supérieures, tout en bénéficiant d’une bonne image auprès de l’Église, des forces armées et des hommes d’affaires. À l’inverse de Carlos Menem auquel il succédera officiellement le 10 décembre prochain, cet avocat de 62 ans, formé au Lycée militaire de Cordoba (centre), entretient un profil simple et n’a que peu le temps de jouir de sa maison de campagne située à Pilar, à 40 km au nord de Buenos Aires. Catholique pratiquant, opposé à l’avortement, Fernando De la Rua qui lit souvent la Bible et Don Quichotte, entend faire de l’Alliance «la force morale face à la frivolité et à la tromperie». «On dit que je suis ennuyeux», a-t-il admis, non sans humour, pour imposer son style sérieux à ses adversaires. Depuis les années 60, date de son arrivée à l’Union civique radicale, le plus vieux parti argentin, fondé par Hipolito Yrigoyen en 1890, autre ancien président radical, il a souvent été critiqué pour son manque de réflexes politiques et la lenteur de ses décisions. Il n’aime pas être taxé de conservateur, un qualificatif dont il a eu du mal à se débarrasser depuis qu’il militait dans les années 70 dans le sillage de Ricardo Balbin. En 1983, le Parti radical lui préféra Raul Alfonsin pour la présidence. Fernando De la Rua n’appréciait pas non plus d’être considéré comme le maire de Buenos Aires et rectifiait sèchement auprès du visiteur non averti : il est chef du gouvernement de la ville de Buenos Aires depuis 1996, comme il l’a expliqué au mois de juin à l’ancien Premier ministre français Pierre Mauroy à l’occasion du congrès de l’Internationale socialiste à Buenos Aires. Comme tout bon Argentin, ses idoles ont pour noms Diego Maradona, l’ancienne star du football, le golfeur Roberto De Vicenzo ou le quintuple champion du monde de Formule 1 Juan Manuel Fangio. Jorge Luis Borges est son écrivain préféré et le Mahatma Gandhi la personnalité qu’il a le plus admirée. Fernando De la Rua, marié à la très discrète Inès Pertiné avec laquelle il a eu quatre enfants, n’a laissé à personne le soin de rédiger sa biographie destinée à la presse pour cette présidentielle. Il y parle, à la première personne, de son amour des oiseaux, de la nature, du ciel et du temps qu’il fait. Un personnage qui ne se rencontre pas fréquemment à la Casa Rosada.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Fernando De la Rua avait abandonné dimanche son blouson fétiche de suédine marron qu’il traîne depuis 1973 pour le troquer pour un costume bleu foncé. Placé depuis de longues semaines en tête de tous les sondages, il a remporté presque naturellement l’élection présidentielle. Ce surdoué de la politique n’a jamais perdu une élection. Habitués aux personnages haut en couleur comme Carlos Menem, aux orateurs comme Raul Alfonsin, les Argentins ont, cette fois, placé leur confiance dans celui qui a choisi, une fois pour toutes, d’adopter une image de force tranquille. Le candidat de l’Alliance entre les radicaux (UCR) et le Frepaso (centre gauche) a joué sur son allure austère et sobre pour s’imposer chez les classes moyennes et supérieures, tout en bénéficiant d’une bonne image auprès de l’Église, des...