Indications sur sa vie, sa mort, son environnement : grâce à sa conservation, «Jarkov», le mammouth exhumé dimanche du sol gelé de l’extrême nord de la Sibérie, est plein de promesses scientifiques inédites, ont souligné à Paris les responsables de l’expédition Mammuthus, à l’origine de cet exploit. À la question désormais classique, qui revient depuis la première tentative de «ressusciter» un pachyderme préhistorique, faite il y a une vingtaine d’années à partir de cellules d’un jeune mammouth surnommé Dima, les scientifiques ont écarté cette possibilité dans un proche avenir. «Mais dans dix ou vingt ans, sinon plus tard encore, a admis le paléontologue néerlandais Dick Moll, du Muséum national d’histoire naturelle de Rotterdam, la biologie moléculaire arrivera peut-être à surmonter les obstacles qui l’interdisent jusqu’à présent». D’abord, il faut pouvoir extraire, de la moelle, des os ou des matières molles de la carcasse, des cellules bien préservées qui permettraient une «lecture» plus complète de l’ADN (acide désoxyribonucléique, support de l’hérédité), a renchéri Yves Coppens, professeur au Collège de France. Le chercheur français, connu aujourd’hui surtout pour ses travaux sur les ancêtres de l’homme, mais qui avait commencé sa carrière en étudiant les mammouths, s’est également montré sceptique quant à savoir s’il était envisageable de procéder à l’insémination artificielle d’une «mère porteuse» éléphant avec du sperme du mammouth. «La réponse est : probablement non», a-t-il dit. Malgré sa proche parenté avec les éléphants d’Asie et d’Afrique d’aujourd’hui (ils sont tous issus d’un ancêtre commun, Primelephas, qui vivait voici cinq millions d’années), il est donc quasiment exclu que Jarkov, même décédé, à en croire le verdict des appareils de datation il y a 20 380 ans, ait encore de la descendance. Mais il n’en a pas moins un bel avenir devant lui. Premier mammouth à avoir été récupéré sans rupture de la chaîne du froid, emprisonné dans un immense bloc de permafrost (terre gelée) de 23 tonnes, Jarkov, qui porte le nom de son découvreur local, Guennadi Jarkov, se trouve désormais dans un «réfrigérateur» naturel creusé dans une falaise de la ville de Khatanga. «Emballé» dans son linceul de permafrost, il y passera tranquillement l’hiver polaire. «En avril prochain, a précisé le chef de l’expédition Mammuthus, Bernard Buigues, de l’association Cercles polaires expéditions, Jarkov sera attaqué à coups de... sèche-cheveux pour dégeler d’une manière douce sa gangue protectrice et accéder à son précieux contenu pour pouvoir commencer à l’étudier, à procéder précautionneusement à des prélèvements, à récupérer peut-être ses parasites, bref à trouver des indices sur ses heurs et ses malheurs».
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