«Capitale culturelle du monde arabe pour 1999?». Beyrouth n’a pas attendu une année déterminée pour assumer ce rôle avec autant de naturel que d’éclat. Mais si le titre est prestigieux pour le ministère de la Culture qui a su jouer, aux moindres frais, la récupération de la vie culturelle et artistique du pays tout au long de l’année écoulée, l’expérience de la collaboration avec l’administration aura, une fois de plus et non pas la dernière, remis sur le tapis le rapport de force érigé en institution au pays des cèdres : logique v/s administration, voire sérieux v/s démagogie. Beyrouth capitale culturelle du monde arabe. Une opération-prestige aurait dû, en principe, être programmée longtemps à l’avance pour éviter les grandes ou petites surprises en apportant à l’événement une nouveauté , par exemple, que la capitale libanaise n’a jamais offerte à son public. Si le gouvernement actuel a «hérité» (un mot qu’il chérit tant), sans conviction, d’un tel projet, il aurait pu tout simplement, et sans honte dans la situation actuelle, s’avouer incapable de supporter une telle entreprise et laisser à l’initiative privée, qui a fait ses preuves dans ce pays, le soin de réaliser l’opération. Car l’image de marque et la crédibilité d’un État qui fait appel à des artistes et des intellectuels pour «sauver l’honneur» en un temps record supposent, à l’évidence, des moyens moraux et financiers, de l’organisation et de la compétence. Or, engagements à l’emporte-pièce, générosités mal placées, dédain et fuite en avant ont caractérisé certains comportements du ministère et compromis une collaboration qui aurait pu être un exemple dans le genre. C’est dommage. Ceci dit, l’année tire à sa fin. Les festivals sont terminés. Des spectacles sérieux et de qualité ont fait la joie du public, d’autres, de facture banale, (agréés par complaisance, semble-t-il) n’ont pas fait mouche . Invités de marque et artistes étrangers ont regagné leur pays. Et cependant, dans les bureaux du ministère de la Culture, on s’apitoie encore sur l’état des caisses, on se demande s’il faut payer toutes les sommes «promises», on cherche toujours «Le» budget susceptible de supporter les redevances. En attendant, les organisateurs continuent à faire des pèlerinages réguliers à Starco et le pied de grue devant les bureaux du ministre, du directeur ou du conseiller ( qui ne sait plus quel argument invoquer pour faire reculer les échéances) à l’affût d’une décision, d’une signature ou d’une inspiration qui débloquerait les formalités encore en souffrance. Et leur permettrait enfin d’honorer les engagements envers ceux qui leur ont fait confiance. Est-ce là une façon de remercier les Libanais qui, avec beaucoup de sérieux, de courage, de talent et d’enthousiasme ont participé à cette opération. Des organisateurs, des artistes et des intellectuels capables, en effectuant un choix restreint mais de qualité, relever le défi et assumer, sans recours à l’administration et avec le concours du privé, une année entière de travail, de difficultés et d’obstacles, comme ils l’ont toujours fait. Éviter en tout cas navettes, courbettes, humiliation, perte de temps inutile. Et aussi, scénarios-catastrophe, mensonges, pleurs et grincements de dents de la part de ceux qui président aux destinées de ce qu’on appelle encore «culture» dans ce pays. On comprendrait, peut-être, peut-être, que les priorités de l’establishment ne soient pas de cet ordre-là de nos jours. Quoique... «La culture est ce qui reste après avoir tout oublié», dit-on. Et tout perdu aussi, pourrait-on ajouter. Mais l’aculture…
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