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Actualités - Opinion

Regard - Dix ans d'estampes japonaises (1979-1989) Donner consistance

Amateurs d’estampes, vous avez jusqu’à samedi pour courir à l’Usek (Kaslik) admirer les gravures, lithographies, sérigraphies et techniques mixtes de vingt artistes japonais contemporains, nés entre 1910 et 1950 : 81 estampes produites entre 1979 et 1989. Ce panorama de l’art graphique japonais durant cette décennie est présenté par «The Japan Foundation» à travers l’ambassade du Japon à Beyrouth. À quand une «Fondation Liban» qui ferait tourner les œuvres de nos propres graphistes dans les capitales du monde à travers nos ambassades ? C’est un moyen relativement peu onéreux de faire une excellente promotion du pays, de contrebattre la déplorable image de marque que nos années de guerre ont fini par accréditer un peu partout. Gageons que beaucoup de capitales seraient étonnées par la haute qualité de notre production graphique, des gravures d’Assadour, Halim Jurdak, Moussa Tiba, Hussein Madi aux lithographies ultra-sophistiquées techniquement de Mohammed Rawas, en passant par bien d’autres créations qui ne le cèdent en rien à celles des artistes japonais dont le pays, qui n’a pourtant pas besoin d’améliorer son image de marque déjà très flatteuse, estime néanmoins qu’il est de son devoir de faire connaître les productions à l’étranger. L’art peut offrir une image «haut de gamme» d’un pays : en coûterait-il tellement aux ministères de la Culture, des Affaires étrangères et du Tourisme de coopérer, faute de «Fondation» ad hoc (dont le rôle était joué, jusqu’à un certain point si je ne m’abuse, par le Conseil national du tourisme qu’on a jugé bon de saborder), pour tenter de présenter un visage méconnu du Liban ? Ils pourraient trouver aisément des sponsors pour les transports et les assurances, et plus d’un artiste offrirait gracieusement deux ou trois exemplaires de ses œuvres. Tabou Mais je dois rêver : la réalité est que nos responsables se fichent éperdument et de l’art et des artistes, et qu’ils n’arrivent même pas à comprendre l’intérêt d’un Musée des arts plastiques. On arguera qu’il n’y a pas d’argent et que ce n’est pas le moment, avec nos budgets d’austérité, de soulever un pareil problème alors qu’il n’y a même pas de quoi financer les augmentations des traitements des enseignants. Mais ce n’est pas d’argent qu’il s’agit, c’est de disposition d’esprit, de mentalité ouverte, de décision. On trouve toujours l’argent et les bonnes volontés quand on a un projet réalisable. Le problème est qu’on n’arrive jamais au stade du projet ou, quand par extraordinaire on y arrive, les «hautes sphères» le font avorter immédiatement. À telles enseignes qu’on peut se demander s’il n’y a pas de tabou ou d’interdit sur ce point. Que dire alors d’un projet de tournée dans les grandes villes de la planète ? Les estampes japonaises exposées ne sont pas des ukiyo-e, des gravures sur bois traditionnelles, qui étaient surtout des reproductions, à part celles de grands maîtres comme Hokusai ou Hiroshige qui produisirent plusieurs cycles thématiques importants, notamment paysagistes. Elles représentent la découverte, après une période de désaffection due à la modernisation du Japon et à l’effondrement des valeurs consécutif à la Deuxième Guerre mondiale, de la capacité de l’art graphique d’être un moyen d’expression à part entière, apte à traduire des effets spécifiques qu’aucun autre moyen ne peut tout à fait rendre. Âge d’or Après un premier mouvement d’estampe créative dans les années cinquante, le Japon connut un véritable âge d’or dans ce domaine au cours des années 60 et 70. Les estampes présentées à l’Usek sont issues de la fin de cette période, les années 80 marquant une certaine régression qui semble avoir pris fin vers le début de cette décennie. En réunissant les œuvres de ces vingt artistes appartenant à plusieurs générations, la «Japan Foundation» a en quelque sorte donné la consistance d’un mouvement à des expériences individuelles multiples et diverses sinon dispersées, montrant qu’effectivement l’estampe est bien à la hauteur de ce nouveau rôle qu’on lui reconnaît d’être une voie de création originale, apte à susciter des attitudes de recherche et d’expérimentation. Il est hors de question d’évoquer la contribution de chacun des artistes, mais je renouvelle l’appel aux amateurs pour qu’ils ne ratent pas cette remarquable anthologie qui vient, en quelque sorte, faire pendant à celle sur l’art graphique libanais qui avait été organisée il y a deux ans par l’association des Anciens de la LAU et qui avait alors révélé l’existence d’un grand nombre d’artistes s’adonnant à toutes sortes de techniques graphiques, dont certaines ne figurent d’ailleurs pas dans la sélection japonaise. Pour ceux qui se souviennent de cette exposition, qui avait été présentée également à Amman avec grand succès, esquisse d’une tournée qui n’a pu se matérialiser davantage, la comparaison sera intéressante et fructueuse.
Amateurs d’estampes, vous avez jusqu’à samedi pour courir à l’Usek (Kaslik) admirer les gravures, lithographies, sérigraphies et techniques mixtes de vingt artistes japonais contemporains, nés entre 1910 et 1950 : 81 estampes produites entre 1979 et 1989. Ce panorama de l’art graphique japonais durant cette décennie est présenté par «The Japan Foundation» à travers l’ambassade du Japon à Beyrouth. À quand une «Fondation Liban» qui ferait tourner les œuvres de nos propres graphistes dans les capitales du monde à travers nos ambassades ? C’est un moyen relativement peu onéreux de faire une excellente promotion du pays, de contrebattre la déplorable image de marque que nos années de guerre ont fini par accréditer un peu partout. Gageons que beaucoup de capitales seraient étonnées par la haute qualité de...