Civilisées, le film tant attendu de Randa Sabbagh Chahal, n’a pas été projeté hier comme programmé par les organisateurs du Festival du film de Beyrouth. Quelques happy few ont eu la chance de le voir à l’occasion de l’une des deux projections qui ont eu lieu le 8 octobre en présence du producteur (Daniel Toscan du Plantier) et de la réalisatrice Randa Chahal qui, depuis, ont quitté Beyrouth. Le public se pose des questions et les rumeurs circulent. Quid du problème ? «Randa Chahal Sabbagh nous avait demandé de programmer une troisième projection que nous avions prévue pour hier (mercredi). Cependant, nous avons reçu un fax de Paris, signé “Euripide Production”, nous demandant de ne pas projeter Civilisées sans aucune explication, et Mme Chahal n’est plus là», dit Asma Andraos, attachée de presse du festival qui ne sait plus où donner de la tête et qui reconnaît certaines bavures. Jointe au téléphone à son domicile parisien, Randa Chahal se dit tout étonnée des propos des organisateurs affirmant n’avoir «jamais demandé une projection supplémentaire dans la mesure où un film ne peut être montré au public dans le cadre d’un festival sans la présence de son réalisateur. C’est logique. Il ne s’agit pas d’un film “mignon” mais d’un sujet dur, et le minimum pour moi est d’être présente dans la salle pour répondre aux questions du public. J’ai accepté que mon film soit programmé au Liban pour donner un coup de main. Je ne veux pas accabler les organisateurs, mais d’abord Civilisées n’a pas été projeté pour la presse comme cela à été fait pour d’autres films. J’avais demandé une seule grande projection au “Sofil” en première. Il en a été autrement. Puis il y a eu problème avec d’autres films, m’a-t-on dit. Je regrette, mais je ne suis pas un bouche-trou. Tout cela est triste, honteux même». «Mieux, je voudrais être franche jusqu’au bout. C’est une copie de Civilisées qui a été projetée au festival. Le film, lui, prévu au programme du circuit Empire à partir du 21 janvier prochain, est encore à la censure et n’a donc encore pas le feu vert pour une programmation officielle au Liban», explique Randa Chahal, qui se prépare à se rendre à Las Vegas puis à San Francisco pour la première de Civilisées qui passera en décembre et en mars simultanément dans ces deux villes. La réalisatrice sera à Beyrouth le 5 décembre en prévision de la sortie libanaise de son long métrage programmé déjà à Venise (Italie) et à Toronto (Canada). Cela dit, si la programmation du Festival du film de Beyrouth est plutôt bonne, rien ne justifie par contre un festival-pagaille où personne (organisateurs ou public) n’est jamais sûr, 24 heures à l’avance, du programme du lendemain; où, par conséquent, deux navettes sont nécessaires pour voir un film : la première pour l’achat du billet et la seconde pour la projection. Et où, pire, les nombreuses plaintes d’un public, pourtant tolérant parce que assoiffé d’autre chose que du quotidien, ne touchent nullement des organisateurs qui, pour toute réponse, se disent «débordés». Ce qui doit être un plaisir devient alors une corvée. Un festival sérieusement organisé par des professionnels devrait permettre au public de programmer ses spectacles suffisamment à l’avance, pour jouir de ce qu’on lui offre. Les problèmes de programmation, les surprises, la censure et bien d’autres ennuis sont autant de problèmes, grands ou petits, inhérents à tout événement du genre. Alors si une année s’avère insuffisante pour une telle entreprise, ne vaudrait-il pas mieux prendre son temps pour bien faire ? Quant à l’argument des «petits moyens» pour une si grande opération, le beau proverbe arabe tombe à point : «A ad bsatak med ejrayek» (Il ne faut pas p… plus haut que son c.). N’est-ce pas ?
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