L’impasse sur la libération par Israël de quelque 150 prisonniers palestiniens et arabes persistait encore hier soir, mais les deux parties, contrairement à des blocages similaires dans un passé récent, ont choisi d’en minimiser l’importance et de résoudre le problème dans la discrétion. Une nouvelle rencontre a échoué dimanche soir et l’on ignorait toujours hier quand aurait lieu la prochaine. Un haut responsable palestinien, Saëb Erekat, a affirmé qu’aucune nouvelle date n’avait été fixée. «Il y a seulement des contacts», a-t-il toutefois déclaré, laissant ainsi entendre que les discussions continuaient loin des caméras. Pour sa part, la porte-parole du ministère de la Sécurité intérieure, Linda Menuhim, a été encore moins loquace. «No comment», a-t-elle dit. «Nous sommes un ministère très discret», a-t-elle ajouté. Sur le fond, il n’y a aucun changement dans les positions des deux camps, à en croire M. Erekat. À Gaza, le ministre palestinien pour les Prisonniers Hicham Abdelrazek a affirmé à quelque 200 parents et proches de prisonniers palestiniens qui manifestaient pour la libération de ceux-ci que l’Autorité ne céderait pas. «Ils veulent relâcher 47 prisonniers qui ont été condamnés après le 4 mai 1994», a-t-il lancé à la foule. «Nous ne l’accepterons pas. Nous ne changerons pas notre position», a-t-il dit. Le différend porte sur l’identité de certains des 150 prisonniers qu’Israël aurait dû relâcher vendredi dernier, en verdu de l’accord de Charm el-Cheikh du 5 septembre. Selon le bureau du Premier ministre israélien Ehud Barak, les Palestiniens ont rejeté une trentaine des 150 noms qui leur ont été soumis le 6 octobre par les Israéliens, accusant ceux-ci de ne pas respecter les critères contenus dans l’accord de Charm el-Cheikh. À savoir que les détenus à libérer doivent avoir «commis leur délit avant le 13 septembre 1993», date de la signature du premier accord d’Oslo qui lança le processus de paix, et avoir été «arrêtés avant le 4 mai 1994», date de l’accord qui avait marqué le début effectif de l’autonomie palestinienne. Le problème est que pour trouver 150 détenus remplissant ce critère, Israël aurait dû remettre en liberté des prisonniers auteurs d’attentats dans lesquels des Israéliens ont été tués ou très gravement blessés, ce que M. Barak refuse de faire. Ce n’est pas la première fois qu’Israéliens et Palestiniens sont incapables de conclure un accord à la date prévue. C’est même la norme. La différence est que, cette fois, les deux parties semblent être tombées d’accord pour minimiser la portée de ce retard. L’objectif commun est clairement de ne pas jeter de l’huile sur le feu et de poursuivre les contacts en coulisses, alors que, dans le passé, les Palestiniens étaient prompts à parler immédiatement de crise du processus de paix. Il s’agit d’«un obstacle qu’il nous faut surmonter le plus rapidement possible», mais pas d’«une crise», déclarait ainsi vendredi le président palestinien Yasser Arafat. De manière révélatrice, M. Arafat s’était même montré plus modéré que les dirigeants israéliens puisque le ministre israélien de la Sécurité intérieure Shlomo Ben Ami avait d’abord parlé de «crise». «On peut parler de crise mais pas forcément de crise sérieuse», avait-il ainsi estimé dans un premier temps. Malgré les propos officiels, les positions semblaient aussi se rapprocher peu à peu. Le quotidien israélien Maariv affirmait ainsi que malgré l’image de blocage qui prévalait, «la querelle (..) est sur le point d’être résolue». Citant une source très proche des négociations, le journal indiquait ainsi que la résolution en douceur de ce différend «préparera le terrain pour un sommet entre Barak et Arafat» afin de faire avancer les négociations sur le statuf final des territoires palestiniens. Officiellement lancées le 13 septembre, ces négociations n’ont pas encore démarré.
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