Son premier gouvernement avait duré 13 jours. Le deuxième 13 mois. Atal Behari Vajpayee, vainqueur des législatives en Inde, espère cette fois gouverner, sinon pendant 13 ans, au moins pendant un mandat complet de cinq ans. Face modérée et respectée du nationalisme hindou, M. Vajpayee, 72 ans, n’a jamais été aussi populaire. Ce célibataire affable aux cheveux poivre-et-sel, poète et orateur hors pair en hindi, a un demi-siècle d’expérience politique et de réputation d’intégrité derrière lui. Mais ce n’est que tout récemment, au crépuscule de sa carrière, qu’il a imposé une carrure nationale incontestée. Cette dimension, il l’acquit ironiquement alors qu’il expédiait les affaires courantes après la chute de son gouvernement en avril, à l’occasion d’un conflit armé meurtrier l’été dernier au Cachemire indien, où les forces indiennes parvinrent à repousser des centaines de guérilleros islamistes venus du Pakistan, véritable guerre non-déclarée indo-pakistanaise. «Le général Vajpayee gagne la guerre», avait proclamé la une d’un magazine indien, résumant le sentiment quasi général dans un pays dopé par la ferveur nationaliste. Les diplomates en poste à New Delhi ont convenu que M. Vajpayee avait fait preuve de qualités d’homme d’État, se donnant l’image tout à la fois d’un chef de guerre victorieux mais aussi serein et modéré, refusant d’aller porter le combat en territoire pakistanais et s’attirant la sympathie de la communauté internationale. Le parti nationaliste hindou BJP, à la tête d’une coalition d’une vingtaine d’alliés, s’était rangé comme un seul homme derrière son image de vainqueur. Ce ne fut pas toujours le cas. Si M. Vajpayee fut déjà le choix du BJP pour être Premier ministre en 1996 et 1998, c’était surtout par défaut. Il était le seul parmi les dirigeants nationalistes hindous à ne pas être suspect de radicalisme – de fanatisme, disent leurs adversaires. Avant les élections de 1998, un haut responsable du BJP avait affirmé que M. Vajpayee n’était qu’un «masque» présentable sur le visage du nationalisme hindou. Sur les affiches du parti alors se profilait L. K. Advani, représentant de l’aile dure du parti. Il est aujourd’hui dans l’ombre, temporairement affirment les détracteurs du BJP. L’histoire de ce pari est une alternance entre ces deux hommes, deux faces du même Janus. La conversion de Vajpayee à l’idéologie hindoue, l’hindutva, remonte aux années 1940. Après un bref flirt avec le communisme et le Congrès du Mahatma Gandhi, cet ancien étudiant en droit et journaliste né le 25 décembre 1926 à Gwalior (centre), fonde en 1951 le BJS, précurseur du BJP. Il passe deux ans en prison dans les années 1970 pour opposition au régime d’urgence déclaré par Indira Gandhi, rejoint un groupe d’opposition au Congrès, le Janata, et est ministre des Affaires étrangères dans le premier gouvernement non dirigé par le Congrès entre 1977 et 1979. Il fonde le BJP en 1980 mais le conduit à une déroute électorale en 1984 et est marginalisé et remplacé par M. Advani. Le BJP ne cessera de progresser et Vajpayee reviendra sur le devant de la scène en 1996 à la faveur d’une phase de modération. Il ne tint cependant au pouvoir que 13 jours, faute d’alliés, mais revint à la tête du pays en mars 1998 à la faveur d’élections anticipées, pour 13 mois. «Vajpayee est devenu un dirigeant puissant et cette fois-ci tiendra un mandat complet», a affirmé l’un de ses lieutenants, Pramod Mahajan. Le Premier ministre l’espère d’autant plus qu’il avait assuré, après la chute de son gouvernement en avril, que ce serait sa dernière campagne.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Son premier gouvernement avait duré 13 jours. Le deuxième 13 mois. Atal Behari Vajpayee, vainqueur des législatives en Inde, espère cette fois gouverner, sinon pendant 13 ans, au moins pendant un mandat complet de cinq ans. Face modérée et respectée du nationalisme hindou, M. Vajpayee, 72 ans, n’a jamais été aussi populaire. Ce célibataire affable aux cheveux poivre-et-sel, poète et orateur hors pair en hindi, a un demi-siècle d’expérience politique et de réputation d’intégrité derrière lui. Mais ce n’est que tout récemment, au crépuscule de sa carrière, qu’il a imposé une carrure nationale incontestée. Cette dimension, il l’acquit ironiquement alors qu’il expédiait les affaires courantes après la chute de son gouvernement en avril, à l’occasion d’un conflit armé meurtrier l’été dernier au...