Serpent de mer de tous les congrès sur le sida, la possible mise au point d’un vaccin a ressurgi avec l’annonce du lancement prochain d’un essai vaccinal britannico-kenyan, à Lusaka où se tient la 11e conférence internationale sur le sida en Afrique. «Ce candidat-vaccin, le premier à être développé en partenariat avec des chercheurs africains, sera aussi le premier à viser une des souches virales les plus présentes sur ce continent», a indiqué Seth Berkley, président de IAVI (International AIDS Vaccine Initiative). Créée en 1996, IAVI s’est donné pour but d’assurer le développement d’un vaccin préventif sûr, efficace et financièrement accessible afin qu’il puisse être utilisé partout dans le monde. Le conseil scientifique de cette organisation rassemble les plus grands virologues du monde et, à son conseil d’administration, figurent des personnalités comme Lee Smith, ex-président de Levi Strauss, Peter Piot, directeur d’Onu-sida ou Michèle Barzach, ancienne ministre de la Santé française. Les essais du vaccin potentiel devraient débuter en janvier 2000, à l’Université de Nairobi et à Oxford. Quarante volontaires sains kenyans et autant de britanniques participeront à la «phase 1» destinée à vérifier que ce vaccin est sûr et provoque la réponse immunitaire attendue dans leur organisme. Le vaccin, seule solution Un second essai, mené par les États-Unis et l’Afrique du Sud, devrait suivre. «Au cours des années à venir, nous prévoyons de lancer trois ou quatre essais vaccinaux en partenariat», a précisé Seth Berkley. «La seule façon réaliste de mettre un terme à l’épidémie de sida est de mettre au point un vaccin et cela doit être une priorité scientifique et politique», a-t-il ajouté. Le président de IAVI a rappelé que seulement 1,5 % du total des sommes dépensées pour lutter contre la maladie, soit 250 à 300 millions de dollars, est consacré à la recherche d’un vaccin. Une recherche que l’industrie pharmaceutique est réticente à entreprendre de peur d’être obligée de vendre son médicament à bas prix. Mais il existe aussi des obstacles scientifiques: le virus du sida existe en plusieurs formes dans différentes parties du monde. Il faut donc protéger non pas contre un virus mais plusieurs. De plus, il n’existe pas de modèle animal parfait dont les virologues puissent se servir et il ne reste donc que la solution de mener des essais cliniques sur l’homme. Une direction dans laquelle les chercheurs ont longtemps refusé de s’engager en raison de ses dangers. Sans être bouleversante – car des essais vaccinaux sont déjà menés en Europe et aux États-Unis – l’annonce d’un essai associant le Nord et le Sud a sonné comme un répit dans le concert des mauvaises nouvelles égrenées à Lusaka et comme une consolation face à ce que certains orateurs qualifient d’«égoïsme occidental». Oubliée pour partie grâce aux coûteuses trithérapies dans les pays développés, l’épidémie se déchaîne en Afrique : elle a été dix fois plus meurtrière que les guerres l’an dernier, emportant plus de deux millions de personnes. Le sida est en train de transformer les pays d’Afrique sub-saharienne en «champ d’exécution», a déclaré Mme Bellamy en appelant à une aide «massive». À ce jour, sur ce continent seulement, plus de 8 millions d’enfants ont perdu leur mère ou leurs deux parents à cause du sida et ce chiffre devrait atteindre 13 millions en l’an 2000. En balayant ce qui aurait dû être la force de ces pays, le sida est aussi une catastrophe sans précédent car il réduit à néant les efforts de développement de plusieurs dizaines d’années. Selon Onu-sida, sur dix personnes nouvellement infectées par le virus du sida en 1998, sept vivent en Afrique subsaharienne et, sur 10 enfants de moins de 15 ans contaminés, neuf vivent aussi dans cette région du monde. Depuis le début de l’épidémie, 83 % des décès liés au sida sont survenus en Afrique australe et au moins 95 % des «orphelins du sida» vivent dans cette région.
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