La Sérénissime a baissé le rideau samedi sur la dernière Mostra à la veille de l’an 2000, placée sous le signe d’un homme en crise et d’un Eros peu excitant, sans coup de cœur ni révélations majeures. Ce sont des vétérans, déjà reconnus dans le monde du 7c art et déjà couronnés de lauriers, qui ont dominé la compétition : la Néo-Zélandaise Jane Campion avec Holy Smoke, l’Iranien Abbas Kiarostami avec Le vent nous emportera et le Chinois Zhang Yimou avec Pas un de moins. Le ghetto du Lido, entre lagune et Adriatique, a cependant réussi à offrir aux festivaliers un savant dosage de glamour et de cinéma d’auteur, de superstars made in Hollywood et de réalisateurs inconnus venus des quatre coins de la planète. De Tom Cruise et Nicole Kidman à Brad Pitt, en passant par Kate Winslet, Melanie Griffith, Meryl Streep, Cameron Diaz et même la star française Catherine Deneuve, arrivée in extremis vendredi en fin d’après-midi, les étoiles n’ont pas manqué sur la passerelle du palais du Cinéma. Pendant ce temps, dans cette Babel du 7c Art, les cinéphiles purs et durs allergiques aux paillettes pouvaient découvrir des films qui ont peu de chance d’arriver un jour sur les écrans des multiplexes ou des télévisions. La section Nouveaux territoires ou Cinéma du présent offrait ainsi des films en hindi, en bengali, en amharique, en papou, en zoulou ou en corse, soit un panorama éclectique de la production mondiale. Le nouveau directeur de la Mostra, et le plus jeune, Alberto Barbera (49 ans), avait annoncé du sang neuf pour le doyen des festivals cinématographiques, promettant de l’ouvrir aux jeunes talents et aux nouvelles tendances. Parmi les 18 candidats au Lion d’or, beaucoup ont déçu et Barbera lui-même a reconnu qu’il aurait dû être plus exigeant et peut-être ne sélectionner aucun film italien au risque de provoquer une levée de boucliers dans la péninsule. Il a regretté de ne pas avoir obtenu les derniers films de Martin Scorsese (Bringing Out the Dead avec Nicolas Cage), de Michael Mann avec Al Pacino ou de Tim Burton. Mais la Mostra 99 n’a cependant pas manqué de temps forts avec Eyes Wide Shut, le film posthume de Stanley Kubrick, présenté en première européenne, et le dernier Woody Allen Sweet and Lowdown, dont les riffs de jazz des années 30 ont enchanté les festivaliers. Fantasmes sexuels Alberto Barbera, un rien provocateur, avait annoncé un parfum d’érotisme sur cette Mostra fin de siècle et Eros fut en effet le fil rouge du festival, mais un Eros peu excitant et une chair triste, de l’obsession sexuelle et jalouse de Tom Cruise chez Kubrick aux séances sadomasochistes de Mensonges (Gojitmal) du Sud-Coréen Jang Sun Woo, qui ont scandalisé le Vatican. Voyeurisme, inceste, masturbation, exhibitionnisme... les festivaliers ont pu passer à la loupe la plupart des fantasmes sexuels, affichés souvent crûment sauf dans la trompeuse et pudique Liaison pornographique du Belge Frédéric Fontenyne. À la veille du troisième millénaire, le sexe fort est apparu vulnérable, doutant de sa virilité, fragile, indécis, émasculé de Holy Smoke à Fight Club de David Fincher où il résout sa crise dans une autodestruction à la violence apocalyptique. L’espoir et l’optimisme sont venus du sexe dit faible avec une femme plus sûre d’elle, qui mène le jeu et se bat pour sa liberté comme la Tante Lucille/Melanie Griffith de Crazy in Alabama d’Antonio Banderas, Ruth/Kate Winslet de Jane Campion ou Wei Mingzhi, la petite paysanne de Zhang Yimou. L’autre lueur d’espoir en cette fin de siècle vient des enfants : les petits écoliers chinois de Pas un de moins, les gamins du Kurdistan iranien de Kiarostami ou les gamins orphelins de The Cider House Rules.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La Sérénissime a baissé le rideau samedi sur la dernière Mostra à la veille de l’an 2000, placée sous le signe d’un homme en crise et d’un Eros peu excitant, sans coup de cœur ni révélations majeures. Ce sont des vétérans, déjà reconnus dans le monde du 7c art et déjà couronnés de lauriers, qui ont dominé la compétition : la Néo-Zélandaise Jane Campion avec Holy Smoke, l’Iranien Abbas Kiarostami avec Le vent nous emportera et le Chinois Zhang Yimou avec Pas un de moins. Le ghetto du Lido, entre lagune et Adriatique, a cependant réussi à offrir aux festivaliers un savant dosage de glamour et de cinéma d’auteur, de superstars made in Hollywood et de réalisateurs inconnus venus des quatre coins de la planète. De Tom Cruise et Nicole Kidman à Brad Pitt, en passant par Kate Winslet, Melanie Griffith, Meryl...