Le projet de pèlerinage à Athènes du pape Jean-Paul II, sur les traces de l’apôtre Paul, apparaissait très incertain lundi, après que le Saint-Synode de la toute puissante Église orthodoxe de Grèce eut multiplié les critiques acerbes contre le chef de l’Église catholique. Preuve de ces difficultés, le cardinal Edward Cassidy, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, a déclaré que «pour l’instant, (le Vatican n’avait) déposé aucune demande» auprès de la Grèce pour une visite du souverain pontife. Jean-Paul II souhaite pouvoir se rendre à Damas et à Athènes, lors de son pèlerinage au Proche-Orient en l’an 2000, selon une lettre du Saint-Père adressée au mois de juin «à ceux qui se disposent à célébrer dans la foi le grand jubilé». «Il n’est pas dans le désir du pape de venir en Grèce maintenant. C’est un désir pour un avenir proche», a souligné le cardinal Cassidy dans une interview au quotidien To Vima, recueillie dimanche après une brève rencontre entre l’envoyé du Vatican et le primat de l’Église orthodoxe de Grèce, Mgr Christodoulos, archevêque d’Athènes. Le Saint-Synode de l’Église de Grèce, réuni dans la matinée, a immédiatement saisi la balle au bond. «Une telle visite pour l’instant n’a pas été annoncée officiellement. Si une telle demande nous est soumise, nous y répondrons en temps et en heure», a affirmé à la presse son porte-parole, Mgr Kalinikos. Il a néanmoins ajouté que «si le pape voulait venir en Grèce en tant que chef d’État, l’Église orthodoxe grecque n’avait pas son mot à dire». Au siège du Saint-Synode était distribué lundi le dernier numéro de La presse orthodoxe (hebdomadaire de l’Union orthodoxe panhellénique) avec en manchette : «Dehors le pape». Le Premier ministre Costas Simitis avait déclaré dimanche que si le pape Jean-Paul II souhaitait se rendre en Grèce, il serait «accueilli comme un chef d’État». Selon le cardinal Cassidy, «le pape veut venir comme un simple pèlerin, mais avec son titre, comme le patriarche œcuménique Bartholomée 1er (chef spirituel de 200 millions d’orthodoxes dans le monde) lorsqu’il est venu à Rome». L’Église orthodoxe imprègne toute la vie en Grèce, y compris la vie politique, l’orthodoxie étant d’ailleurs mentionnée dans la Constitution comme «la religion dominante». 97 % des Grecs sont orthodoxes, mais la pratique du culte n’y est guère plus développée que dans les grands pays européens, et les préceptes de l’Église, comme le refus de l’avortement, ne sont pas plus respectés qu’ailleurs. L’Église de Grèce reproche notamment au pape son «prosélytisme», depuis l’effondrement de l’URSS, en faveur des uniates – catholiques de rite byzantin qui se sont placés sous l’autorité du pape – dans les pays de l’ex-Union soviétique, traditionnelle chasse gardée des orthodoxes. Les uniates sont «un véritable cheval de Troie des catholiques», a réaffirmé lundi Mgr Kalinikos. Il a aussi dénoncé «le rôle du Vatican en Bosnie», où Jean-Paul II est accusé d’avoir œuvré contre les Serbes orthodoxes. Remontant plus loin dans l’Histoire, le métropolite du Pirée a lancé : «N’oubliez pas que Constantinople n’est pas tombée en 1453 (prise de la ville par les Ottomans) mais en 1204 (lors de la 4e croisade)». L’Église de Grèce a repris une revendication constante des Églises orthodoxes, le «repentir» officiel de l’Église catholique. Selon Mgr Cassidy au contraire, «le pape a demandé pardon pour tous les péchés passés commis (par les catholiques) contre l’unité de l’Église, pour tous les actes commis contre l’unité des chrétiens».
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