Les dirigeants francophones du monde réunis en sommet souhaitent présenter un front uni face aux États-Unis sur le thème de «l’exception culturelle» dans les échanges commerciaux, avant une réunion cruciale sur ce sujet fin novembre. Trois mois avant une réunion de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Seattle (ouest des États-Unis) qui doit débattre de cette question, la francophonie a adopté un projet de plan d’action. Ce texte prévoit de «systématiser les concertations» entre États francophones pour prendre des positions communes sur ce thème sensible lors des négociations multilatérales. La France et le Québec souhaitent que les biens culturels, cinéma et programmes de télévision notamment, ne soient pas considérés comme des marchandises comme les autres dans les transactions commerciales internationales et s’opposent sur ce point aux États-Unis et aux pays alignés sur leur position. Les chefs d’État et de gouvernement réunis à Moncton, sur la côte est du Canada, ont adopté un «Projet de plan d’action» et un «Projet de déclaration» qui ont servi de trame aux textes finaux du sommet. Ces deux projets, qui évoquent notamment «l’approfondissement des processus démocratiques, la promotion des droits de l’homme et le renforcement de l’État de droit», consacrent une place importante à «la promotion de la diversité linguistique et culturelle». Dans le projet de déclaration, les 49 chefs d’État et de gouvernement, «convaincus que les biens culturels ne sont en aucune façon réductibles à leur seule dimension économique», affirment leur droit à «définir librement leur politique culturelle et les instruments d’intervention qui y concourent». «Nous entendons favoriser l’émergence d’un rassemblement le plus large possible à l’appui de cette diversité et œuvrer à la mobilisation de l’ensemble des gouvernements en sa faveur», assurent-ils. Dans le projet de plan d’action, les dirigeants francophones des cinq continents soulignent que «le contexte actuel de mondialisation rend plus que jamais indispensable la contribution de la francophonie à la promotion de la diversité culturelle et de sa reconnaissance par tous les acteurs de la scène internationale». «Dans cette perspective, nous considérons que les biens et services culturels, y compris audiovisuels, reflets des identités nationales et régionales, ne doivent pas être traités comme de simples marchandises, notamment dans le cadre des négociations multilatérales», disent-ils. Cette différence culturelle sera vraisemblablement, selon le secrétaire général de la francophonie Boutros Boutros-Ghali, le thème du prochain sommet de la francophonie, à Beyrouth en 2001. «Les délégués vont en discuter, mais je pense qu’ils vont adopter comme thème du prochain sommet “Dialogue des cultures et des civilisations”. Beyrouth a été ravagée par une guerre civile qui a duré des années et des années. Elle est en pleine reconstruction. C’est une façon d’aider Beyrouth et de mettre en valeur le fait que sept pays arabes sont membres de la francophonie», a dit aux journalistes M. Boutros-Ghali. Les francophones réunis à Moncton ont aussi débattu du thème des droits de l’homme, largement présent dans plusieurs interventions de dirigeants à l’ouverture du sommet vendredi. Dans le projet de déclaration adopté, ils affirment qu’ils s’emploieront à «promouvoir tous les droits de l’homme et à agir pour que ces droits civils et politiques, mais aussi économiques, sociaux et culturels, ainsi que le droit au développement, trouvent leur protection dans la vie quotidienne des individus».
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