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Actualités - Chronologie

Tchernobyl : excursion touristique au coeur de la zone interdite

«Une seule journée à Tchernobyl vous laissera des souvenirs impérissables», lance l’employé d’une agence de voyages à Kiev comme s’il vendait un circuit aux Caraïbes ou aux Baléares. «N’hésitez pas !» La centrale accidentée de Tchernobyl, symbole de mort radioactive et des folies nucléaires de l’homme, est bizarrement en train de devenir une destination touristique, même si le phénomène reste encore limité avec quelques dizaines de visiteurs par an. Curiosité malsaine ou voyage éducatif ? Excursion dangereuse ou sans risque ? Ces questions ne semblent pas vraiment se poser et plusieurs agences de voyages à Kiev offrent des circuits d’une journée dans la zone irradiée. «C’est unique. Nulle part ailleurs vous ne ressentirez de tels frissons», relève d’un ton tellement vendeur qu’il en devient indécent l’employé de l’agence de voyages. Au moins trois millions d’Ukrainiens, de Russes et de Bélorusses ont été irradiés lors de l’explosion du quatrième réacteur de Tchernobyl en avril 1986. De sources ukrainiennes, 15 000 personnes en sont mortes et des centaines de milliers d’autres souffrent de leucémie, du cancer de la thyroïde ou encore de maladies cardio-vasculaires. «Il ne s’agit pas de distraire les gens mais plutôt de les sensibiliser aux risques du nucléaire», affirme Rimma Kiselitsa, une responsable de Tchernobyl-Interinform, la structure d’État chargée d’organiser les visites à la centrale en collaboration avec les agences de voyages. Pour environ 150 dollars par tête, les amateurs du «frisson nucléaire» pourront pénétrer à leurs risques et périls dans la zone d’exclusion qui entoure, dans un rayon de 30 km, la centrale de Tchernobyl où un réacteur est toujours en service. Aucune assurance n’est prévue. La radioactivité peut néanmoins y atteindre jusqu’à 5 000 micro-RAD par heure – soit 200 fois supérieure à la norme admise. «Mais la moyenne ne dépasse pas 300 micro-RAD par heure», assure un responsable de la centrale Valery Derevets. «Une visite d’une journée ne présente aucun risque». La «zone», paysage de désolation encerclé de barbelés où se dressent encore ces villes et villages désertés au lendemain de la catastrophe, est aujourd’hui comme hantée, maudite. Au détour d’une vieille isba : une charrette, des bottes, des jouets, témoins immobiles et pathétiques d’une vie qui s’est évanouie. Tout ici donne la chair de poule. «Ce qu’il y a à voir vous le verrez», promet l’agence de voyages Sam. «Vous pourrez même y aller en hélicoptère». Au programme : villes et villages abandonnés, forêts de sapins dont les aiguilles ont viré au rouge après la catastrophe, fourrières pour véhicules irradiés et rencontre avec des Samosiolis, ces vieux inconsolables revenus vivre sur la terre de leurs ancêtres en dépit du danger. Enfin, le clou de la visite : le réacteur accidenté, isolé sous une chape de béton mais toujours menaçant. «Vous ne pourrez pas approcher à moins de 300 mètres», prévient l’agence Technica. «Plus près, il faudra compter un extra», ajoute-t-il d’un air entendu. Après le drame, Tchernobyl fait donc recette. L’idée n’est d’ailleurs pas nouvelle et les autorités exploitent «le filon» depuis plusieurs années en faisant payer des sommes souvent exorbitantes aux journalistes et scientifiques de passage. Car, à Tchernobyl, il existe un tarif pour les Ukrainiens et un autre, dix fois supérieur, pour les étrangers. Lors du 10e anniversaire de la catastrophe, la centrale avait ainsi rapporté plusieurs dizaines de milliers de dollars. «Chaque kopeck compte», relève la responsable de Tchernobyl-Interinform, refusant néanmoins de dévoiler les revenus de cette organisation qui a accueilli 1 294 étrangers depuis le début de l’année. «L’argent contribue à entretenir la zone et à payer les pensions d’invalidité des victimes», assure-t-elle. «Personne ne fait de profit avec cette tragédie humaine».
«Une seule journée à Tchernobyl vous laissera des souvenirs impérissables», lance l’employé d’une agence de voyages à Kiev comme s’il vendait un circuit aux Caraïbes ou aux Baléares. «N’hésitez pas !» La centrale accidentée de Tchernobyl, symbole de mort radioactive et des folies nucléaires de l’homme, est bizarrement en train de devenir une destination touristique, même si le phénomène reste encore limité avec quelques dizaines de visiteurs par an. Curiosité malsaine ou voyage éducatif ? Excursion dangereuse ou sans risque ? Ces questions ne semblent pas vraiment se poser et plusieurs agences de voyages à Kiev offrent des circuits d’une journée dans la zone irradiée. «C’est unique. Nulle part ailleurs vous ne ressentirez de tels frissons», relève d’un ton tellement vendeur qu’il en devient...