La ressemblance physique est évidente, presque amusante. Un certain embonpoint, des yeux pétillants, l’envie de rire et de faire rire... Jean-Pierre et Michel Chikhani ont hérité de leur père Gaston des traits physiques et des traits d’esprit : l’humour ne s’apprend pas, il se communique et se transmet parfois. Gaston, en grand pédagogue, a inventé une forme d’humour que tous ses élèves, les comiques, essaient encore d’imiter. Quand on les regarde, Jean-Pierre et Michel ressemblent, chacun à sa façon, à leur père disparu. Des faux-jumeaux en somme... Pour l’un, la couleur des yeux, pour l’autre, cette fameuse barbichette et pour les deux, une intonation dans la voix, une même envie de traduire et d’interpréter la société et la politique libanaises. Les temps ont changé, reste le Théâtre De 10 Heures, héritage affectif pour eux, souvenir pour nous d’un temps heureux où l’on pouvait rire de tout... Rappelez-vous, c’était en 1962, Gaston avait créé ce premier théâtre permanent de chansonniers, avec des rigolos du nom de Pierre Gédéon, Dudul (Abdallah Nabbout), et Alcid Borik (Albert Sidi) Édmond (Hanania). Anonyme viendra plus tard. Complicité complémentarité et intelligence feront le succès de ce quintette de choc, que présentait Cécile Gédéon. Les sketches seront écrits par Dudul, en langue française, avec pour inépuisable thème le socio-politique. Les spectacles se produiront dans les plus grandes salles libanaises de l’époque, au Kit Kat, au Lido, à Bobino, à la Macumba du Palm Beach, au Casino du Liban et au Printania. On peut dire, sans exagération aucune, que Gaston Chikhani et ses compères ont inventé une approche différente des choses, un nouvel humour fait de subtilités, de jeux de mots, le tout servi par des «maîtres de la représentation» qui le faisaient presque naturellement. Ces grands enfants devenus de grands amis partageront également des métiers différents. Gaston, infatigable clown à l’imagination débordante, sera dans le civil directeur de la publicité à la Télévision libanaise. «Pour rire» et amuser, il inventera et présentera les plus célèbres émissions de jeu, encore plagiées aujourd’hui. Il y aura, entre autres, «Bubble up» (monter en bouillonnant), émission de jeu pour enfants, présentée par Gaston et Édmond Anonyme, déguisés en clowns, «Sabaa bsabaa», (sept par sept) «Ilaab oua irbah», (joue et gagne) «Le moins menteur des trois» animé par Gaston et Dudul, et bien sûr, «Aailat khamsawsabiin», la famille en or version 1975, avec la complicité de Jean-Claude Boulos. Ses passions, jusqu’au bout, seront le théâtre, la télévision et la publicité. Il deviendra également directeur de la publicité à Al-Ousbouh al-Arabi et Press Media Tamam et fera des apparitions remarquées dans de nombreux films libanais et étrangers. Une double vie où le sérieux et le comique se mêlent jusqu’à se fondre complètement. Grand bavard qui avait beaucoup de choses à dire, il consacrera les derniers jours de sa vie à la rédaction d’un livre, «La publicité au Liban et au Moyen-Orient» un cadeau adressé aux étudiants en publicité. Son théâtre choisira de se taire après une soirée d’adieu donnée en 1978. La guerre et les drames de la vie n’épargneront pas ces comiques dont plusieurs nous quitteront prématurément... Gaston Chikhani, nous quittera en 1983. « Nouvelle génération » Gaston était un père sérieux et attentif à ses trois enfants, Aïda, Jean-Pierre et Michel. Mais toujours dans la bonne humeur. Une joie communicative qui se faisait sentir à tout moment. Vouloir poursuivre son œuvre, prolonger son rire étaient chose naturelle. «En 1978, déjà, il avait été question de créer un Théâtre De 10 Heures – enfants, avec les enfants de la troupe, nous confie Michel. Le projet n’a pas abouti, à cause de la guerre et de l’éloignement de chacun». Jean-Pierre et Michel reprendront le flambeau, quelques années plus tard, en essayant de trouver les mots justes, l’humour spontané, dans un contexte gris de guerre. Et d’abord, Michel, le plus jeune, sans doute le plus empreint des passions de son père. Il démarre au théâtre en 1984, en participant à deux spectacles avec Wassim Tabbarah. En 1985, il s’attaque à la télévision, en présentant une émission de variétés à la LBC. Il sera rejoint par son frère l’année suivante pour redonner vie au théâtre de leur père. Douze spectacles seront présentés, de 1986 à aujourd’hui, accompagnés de nombreuses émissions à la radio et à la télévision. «C’était naturel, mais téméraire de continuer le Théâtre De 10 Heures, on risquait trop la comparaison ! Et puis, il était très difficile de faire rire, avec une population bombardée et un pays meurtri». Michel, Jean-Pierre et la nouvelle troupe des chansonniers ont tenté de conserver l’esprit de leur père, tout en actualisant leurs propos. Sketches et humour seront remis à jour. «Nous avons été obligés, au fil des ans, de passer du français à l’arabe. En 1986, 60 % des sketches étaient en français ! Nous essayons quand même de le réintroduire petit à petit». Jean-Pierre quittera la scène libanaise durant les années 1990, pour travailler dans l’hôtellerie. Il reviendra en 1997 et participera aux deux derniers spectacles du groupe. Aujourd’hui, Michel collabore également avec un grand complexe hôtelier. L’hôtellerie, une seconde passion ? Peut-être... mais le «Théâtre De 10 Heures» a encore de grands jours devant lui, les sujets de prédilection étant toujours d’actualité. Seuls les personnages ont changé. Et puis il reste Gaston, le fils de Jean-Pierre. Avec un prénom pareil, il a toutes les chances de faire rire...
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La ressemblance physique est évidente, presque amusante. Un certain embonpoint, des yeux pétillants, l’envie de rire et de faire rire... Jean-Pierre et Michel Chikhani ont hérité de leur père Gaston des traits physiques et des traits d’esprit : l’humour ne s’apprend pas, il se communique et se transmet parfois. Gaston, en grand pédagogue, a inventé une forme d’humour que tous ses élèves, les comiques, essaient encore d’imiter. Quand on les regarde, Jean-Pierre et Michel ressemblent, chacun à sa façon, à leur père disparu. Des faux-jumeaux en somme... Pour l’un, la couleur des yeux, pour l’autre, cette fameuse barbichette et pour les deux, une intonation dans la voix, une même envie de traduire et d’interpréter la société et la politique libanaises. Les temps ont changé, reste le Théâtre De 10...