Banquiers et experts de la place sont unanimes à croire que l’avenir de l’entreprise libanaise, c’est le marché. Si celui-ci est plutôt calme pour le moment, la relance économique et les exigences de la libéralisation et de la globalisation ne sauront tarder à le dynamiser et «elles» veulent toutes être là quand cela se passera. «Elles», ce sont bien entendu les banques commerciales, mais surtout les banques d’affaires et les sociétés financières, dont les créations successives avaient été stimulées, au début de cette décennie, par l’euphorie de la reconstruction. Un rapide coup d’œil au marché, et l’on remarque que l’écrasante majorité des entreprises sont des entreprises familiales, particulièrement opaques, peu capitalisées et qui survivent grâce au crédit commercial assuré, en partie par les banques commerciales et en partie par leurs clients et leurs fournisseurs. Jusqu’à ce jour, le marché n’a assisté qu’à l’ouverture du capital de 13 sociétés depuis la réouverture de la Bourse de Beyrouth en 1996, dont 6 banques et un fonds de placement. Entre-temps, les banques commerciales continuent de se disputer la poignée de gros clients qui engendre une part non négligeable de leurs chiffres d’affaires... tandis que sociétés financières et banques d’affaires font profil bas, en attendant que le marché se remette de sa torpeur. L’impératif de la capitalisation Les tendances économiques internationales vers la libéralisation et la mondialisation ne laissent plus aucun doute là-dessus: le Liban va devoir mettre ses pendules à l’heure : l’heure de l’ouverture. Mais comment nos entreprises locales sont-elles préparées à cette exposition? Face à la concurrence croissante, incapable de recourir à un endettement supplémentaire du fait de la petite taille de ses entreprises et pas toujours disposé à effectuer des injections de capital pour renforcer la structure financière des compagnies, le marché va tôt ou tard forcer les entrepreneurs libanais à ouvrir leur capital social aux investisseurs, à restructurer leurs entreprises et à recourir aux marchés financiers pour financer leurs activités. C’est alors que banques d’affaires et sociétés financières seront surtout sollicitées par les entreprises. Ironie du sort Pour les banques et les sociétés financières, le plus dur à avouer c’est que les meilleurs clients potentiels pour les opérations de «banque d’affaires» (à savoir l’introduction en bourse, le placement de titres, les augmentations de capital, les prises de participations dans d’autres sociétés, les fusions et acquisitions, etc.) sont les banques elles-mêmes ! En effet, le secteur bancaire est celui de l’économie libanaise qui se porte le mieux de nos jours, partiellement grâce aux réglementations strictes qui le gèrent. Il est donc sans doute celui qui subira les plus grandes transformations et qui témoignera du dynamisme le plus important dans le proche avenir. Pourtant, banquiers et experts ne se réjouissent pas particulièrement des perspectives prévoyant déjà des parts de marché, qui iraient aux prestigieuses banques d’affaires étrangères assez confortablement installées au Liban. En effet, un bon nombre d’opérations des banques d’affaires, notamment celles relatives à une émission et un placement de titres, impliquent un audit en profondeur de la société et de ses activités. Quelle banque s’en remettrait-elle alors à une concurrente pour effectuer une émission d’actions ou d’obligations, pour se lancer en bourse, pour une fusion-acquisition, ou même pour la conseiller sur une restructuration ?! Mais l’élan est là... Il ne faut pourtant pas croire que banques d’affaires et sociétés financières sont désœuvrées sur le marché. Bien que la plupart d’entre elles offrent, du moins théoriquement, une gamme complète de services aux entreprises catégorisées dans la rubrique «banque d’affaires», chacune s’est finalement spécialisée dans quelques types d’opération. Ainsi, en matière de prêts consortiaux, la Banque Libano-Française, la Société Générale Libano-Européenne de Banque, la Banque Audi et la Banque d’Affaires du Liban et d’Outre-Mer ont à leur actif des opérations de financement où elles ont été, entre autres, chefs de file. Le prêt consortial de 100 millions de dollars monté par la Banque Audi, avec la participation de plusieurs grandes banques étrangères, pour Solidere en 1998, est le plus grand prêt consortial jamais dirigé par une banque libanaise. Selon Farid Lahoud, chef du département «Corporate finance» à la Banque Audi, celle-ci «est capable d’assurer le financement, éventuellement en s’associant à d’autres banques, des plus grands projets privés de l économie libanaise». La BLF a, quant à elle, monté plusieurs prêts consortiaux dans le pays, se forgeant ainsi une réputation de pionnier dans le domaine. La banque a dirigé le prêt consortial de 50 millions de dollars destiné au Casino du Liban, à un moment où peu d’institutions osaient impliquer leurs capitaux à long terme. Pour Morris Kairouz, directeur du département «Investment banking et project finance» à la BLF, le sérieux de la banque et ses réussites dans ce type d’opération justifient, entre autres, la volonté des banques locales et étrangères de coopérer avec elle sur des projets de choix. D’ailleurs, de 1996 à aujourd’hui, la BLF a effectué des activités de banque d’affaires s’élevant à plus de 300 millions de dollars, lui valant une des premières places dans le palmarès des banques libanaises les plus actives sur le plan de l’«Investment banking». Les participations dans les entreprises Mais si les grands projets privés et les projets d’infrastructure sont les meilleurs candidats aux prêts consortiaux, un grand nombre d’entreprises libanaises est la cible potentielle des institutions dont l’une des stratégies consiste à investir leurs propres fonds dans des entités prometteuses. La Financière Saradar qui gère déjà les participations du groupe Saradar, a récemment commencé à entreprendre des activités de banque d’affaires, notamment adressées aux entreprises libanaises. «Une des missions de La Financière consiste à aider au développement des entreprises familiales qui doivent aujourd’hui s’institutionnaliser. Cette institutionnalisation nous tient à cœur», assure Fady Amatoury. À Lebanon Invest, cette prise de participation prend une autre forme. La société a lancé un fonds de placement à capital fixe, Lebanon Holdings, aujourd’hui coté à Beyrouth et au Luxembourg. Ce fonds est destiné à être investi dans des secteurs libanais prometteurs, de préférence le secteur bancaire et le secteur des services financiers, d’ici sa maturité en 2003. Le portefeuille de ce fonds, géré par Lebanon Invest Asset Management, est actuellement constitué à 55% de titres de banques, à 10% de titres industriels et à 5% de titres dans l’assurance. «Pour la LIAM, le défi est continu», affirme Khalil el-Khoury, associé dans la société. «Il s’agit d’abord de rester à l’affût pour repérer les opportunités d’investissement intéressantes. Une fois une compagnie ciblée, on effectue une étude plus approfondie de la société pour vérifier qu’elle répond à nos critères d’investissement. Les plus performantes risquent de nous voir aux rangs de leurs actionnaires, et membres de leur conseil d’administration». Bien sûr, il s’agit d’abord d’assurer une bonne rentabilité aux actionnaires de Lebanon Holdings. Mais Khalil el-Khoury ajoute : «Notre fonds est un catalyseur qui pousse les entreprises libanaises à s’aligner aux normes internationales à tous les niveaux: gestion, performance, transparence, etc. Lebanon Holdings les prépare à des synergies futures avec l’environnement régional».
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