Rechercher
Rechercher

Actualités - Chronologie

Société - Les cafés du Caire se modernisent Narghilé et Internet

Tenant du bout des doigts le long tuyau de son narghilé, un client vient de prendre une bouffée de tabac à la pomme. Nous sommes au Caire, où la vie s’étire à la terrasse des cafés mais pourrait être chamboulée par l’arrivée d’Internet et d’une clientèle féminine. Devant la façade du Horiya, un café installé au cœur de la capitale égyptienne depuis cinquante ans, une clientèle majoritairement masculine, semblant tout droit sortie d’une autre époque, sirote des cafés épais comme de la mélasse et fume le narghilé pendant des heures, refaisant le monde ou une simple partie d’échecs. Les cafés sont une institution dans cette ville où la vie se déroule pour beaucoup à l’extérieur, dans les rues bondées où se pressent vendeurs de fruits, de journaux ou de plats nationaux. Même dans ces fiefs de la tradition, la modernisation tisse sa toile. La clientèle rajeunit et se féminise, au grand dam de nombre d’habitués et Internet a fait son entrée dans plusieurs établissements. «Tous les jours, je suis choqué en voyant ces étudiants, et surtout les filles, fumer la chicha, abandonnés, sans aucun souci de l’image qu’ils donnent», explique Zaki Ramadan, un retraité de 81 ans accoudé à une petite table ronde de la terrasse du Horiya. Rituel Pourtant, pour Saïd, serveur, le salut passe par le changement. Le dernier patron pour lequel il travaillait a dû mettre la clé sous la porte parce qu’il ne voulait pas moderniser son café, ni même «simplement rajouter des fauteuils confortables». Les cafés ont été introduits en Égypte en même temps que l’amer breuvage, au XVIe siècle. Au début, ils n’étaient pas du goût des chefs de la toute puissante mosquée el-Azhar, à cause des effets stimulants du café. Aujourd’hui, s’asseoir à une terrasse à la tombée de la nuit pour marquer la rupture du jeûne est l’un des rituels du mois de Ramadan. Jus d’abricots secs, boisson aux fleurs d’hibiscus sont lentement dégustés et les amateurs s’attardent autour des narghilés jusqu’aux premières heures du matin. Le Horiya est l’un des rares cafés du Caire à vendre des boissons alcoolisées, principalement aux touristes. Pendant l’après-midi, des jeunes gens viennent goûter aux différents tabacs dont Saïd prépare des boulettes avant de les placer sur les braises incandescentes. Pour Ehab, un agent immobilier d’une quarantaine d’années, l’arrivée de cette nouvelle clientèle s’explique facilement. «C’est normal : ces gens viennent dans les cafés parce qu’ils sont stressés à cause du chômage, qui gagne du terrain tous les jours», affirme-t-il. Pourtant, il semble que les longues discussions ne soient plus la principale activité dans les cafés cairotes. Certains se sont équipés récemment d’ordinateurs et de modems et sont passés dans l’ère cybernétique. Clientèle féminine Les clients du Internet Egypte Cyber Cafe passent des heures sans échanger une parole, face à leurs écrans, leur café refroidissant sur la table. Un café ne coûte qu’une demi-livre égyptienne aux clients du Horiya, et ils peuvent y rester des heures. Mais ici, les règles du jeu sont différentes : il faut s’acquitter de trois livres (soit près d’un dollar) pour passer 15 minutes à surfer sur le Web alors que le Produit national brut égyptien ne dépasse pas 680 dollars par habitant et par an. Hicham Abdel Fattah, patron du cybercafé, explique que la clientèle arrive lentement mais sûrement. Impossible de concilier Internet et narghilé selon lui. «Je ne vois vraiment pas comment vous pourriez les faire cohabiter», estime-t-il. De plus, si elles s’aventurent de plus en plus dans les cafés traditionnels, les femmes expliquent préférer ces lieux modernes où les tabous sont moins marqués. «J’ai un ordinateur chez moi mais venir ici est devenu une part importante de ma vie», explique Amina, une étudiante de 18 ans. «J’y passe des heures à parler avec mes amis» comme le cercle d’amis de Zaki Ramadan, de l’autre côté de la ville.
Tenant du bout des doigts le long tuyau de son narghilé, un client vient de prendre une bouffée de tabac à la pomme. Nous sommes au Caire, où la vie s’étire à la terrasse des cafés mais pourrait être chamboulée par l’arrivée d’Internet et d’une clientèle féminine. Devant la façade du Horiya, un café installé au cœur de la capitale égyptienne depuis cinquante ans, une clientèle majoritairement masculine, semblant tout droit sortie d’une autre époque, sirote des cafés épais comme de la mélasse et fume le narghilé pendant des heures, refaisant le monde ou une simple partie d’échecs. Les cafés sont une institution dans cette ville où la vie se déroule pour beaucoup à l’extérieur, dans les rues bondées où se pressent vendeurs de fruits, de journaux ou de plats nationaux. Même dans ces fiefs de la...