L’approche de l’homosexualité a énormément évolué au cours de ce siècle. Les mentalités se sont réformées et on aborde le phénomène d’une façon radicalement différente de l’opprobre qu’on manifestait auparavant. Pour la science cependant, l’homosexualité demeure toujours un sujet d’interrogation et de recherche. À l’Institut Salk de San Diego, en Californie, le neurobiologiste Simon Le Vay a entrepris une importante étude sur l’origine de l’homosexualité masculine, dont les résultats, publiés dans la revue Science il y a quelque temps, furent repris et commentés par des revues scientifiques européennes. Selon Le Vay, l’origine de l’homosexualité masculine réside dans une minuscule région cérébrale, dont la taille ne dépasse guère en dimension celle d’un grain de sable, située dans l’hypothalamus. Quoique contestée, sa théorie ne manque pas d’intérêt, permettant d’aborder un sujet, tenu longtemps «tabou», à la lumière d’une réflexion libre de passion et de pudibonderie anachronique. La recherche du savant américain portait sur un groupe de neurones jouant un rôle crucial dans le comportement individuel. Situé dans l’hypothalamus, il contrôle les hormones sexuelles mais également celles associées au stress, à l’agressivité, à l’appétit et aux rythmes biologiques. Les travaux du Pr Le Lay étaient axés sur l’étude approfondie de tissus cérébraux en provenance de 41 cadavres parmi lesquels on comptait 19 homosexuels, 16 «présumés» hétérosexuels et 6 femmes hétérosexuelles. Les quarante et un individus étaient tous décédés avant l’âge de soixante ans. Quelques-uns d’entre eux étaient morts du sida. Différence de la taille du site Le site, dans l’hypothalamus, des neurones, objets d’étude de l’équipe américaine, selon les constatations publiées, était de la même taille chez les hommes homosexuels que celui des femmes, c’est-à-dire de dimension restreinte. Par contre, chez les hétérosexuels la région en question était, en moyenne, deux fois plus grande. Ce qui permit à Simon Le Vay de dégager sa théorie du rapport étroit entre l’étendue du site des neurones dans l’hypothalamus et l’homosexualité masculine. Or le virus du sida, dont un nombre d’individus faisant partie des cadavres examinés se trouvaient atteints, est responsable de lésions cérébrales ainsi que d’atteintes diverses du cerveau. La reponse du neurobiologiste fut que cette supposition dans le cadre de sa recherche n’est pas de mise, compte tenu du fait qu’aucun hétérosexuel, même atteint du sida, ne présentait une réduction du site neuronal hypothalamique. Ce qui permettait la constatation que la réduction d’un noyau de l’hypothalamus est à l’origine de l’homosexualité masculine. L’autre son de cloche La théorie du Pr Le Vay n’a pas manqué de soulever des commentaires multiples, créant ainsi une importante controverse. Ses adversaires lui reprochent la conclusion trop hâtive de ses travaux dont l’évidence ne s’appuie que sur un nombre limité de cas. En outre, relèvent-ils, il n’a pas été établi que les 16 «présumés» (selon le texte publié de l’étude en question) hétérosexuels accusaient dès leur naissance une réduction du site hypothalamique désigné. Autre interrogation avancée: si la variation observée est aussi directement liée à l’homosexualité qu’est-ce qui prouve qu’elle est la cause et non pas la conséquence? Il est en effet connu que certaines régions cérébrales peuvent évoluer en fonction des comportements sexuels individuels, sans que cette modification soit déterminée génétiquement. Il faudrait donc que l’équipe de l’Institut Salk puisse prouver que les sujets de l’étude accusant cette réduction en étaient porteurs dès leur naissance. La pertinence de ces contestations réduit la crédibilité de la thèse du Pr Le Vay et de son équipe. Mais les recherches continuent, sans qu’on puisse prédire d’avance le résultat final des travaux.
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