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Actualités - Chronologie

Jasminka, kosovare, serbe et innocente

Les sourcils bruns de Jasminka se froncent et son sourire se fige lorsqu’on lui demande son origine. «Je suis kosovare, serbe et innocente», rétorque-t-elle avec un regard de défi. De parents monténégrins, la jeune femme est née à Kosovska Mitrovica (nord du Kosovo) il y a 23 ans. «J’y ai vécu toute ma vie, j’ai été en primaire avec des Albanais, dont certains restent mes meilleurs amis», dit-elle. Étudiante à Podgorica, la capitale du Monténégro, Jasminka a vu sa dernière année de droit interrompue par les bombardements de l’Otan. Elle vit depuis dans l’appartement de ses parents, dans ce qui est désormais la zone serbe de Kosovska Mitrovica, au nord de la rivière Sitnica. Sur le palier voisin, deux familles albanaises. «Nous avons tout vécu ensemble», dit-elle, «les bombardements et la peur qui vous prend au ventre lorsque des militaires serbes ou des paramilitaires investissaient les immeubles». «Je sais que des Serbes ont commis des atrocités, à Mitrovica comme ailleurs, mais je ne comprends pas que l’on en impute la responsabilité à tous les Serbes». La jeune femme a participé aux manifestations d’étudiants de 1997 contre le régime de Slobodan Milosevic à Belgrade, elle a aussi été journaliste à radio B-92, rare média indépendant et donc bête noire des autorités serbes. «Je n’ai aucun avenir», si (le président yougoslave Slobodan) Milosevic ne part pas» dit-elle. Une seule porte de sortie – le Monténégro – sur lequel reposent les espoirs de beaucoup de jeunes Kosovars serbes. «C’est un paradis de liberté à côté de la Serbie», dit-elle. Mais la jeune femme se donne quatre mois pour tenter de «rester dans cette ville absurde». Chaque jour, elle passe le pont central divisant les deux communautés pour parler avec des Albanais et «voir des amis». Certains ne lui parlent plus, avoue-t-elle avec tristesse. Cette semaine, plusieurs militaires français de la Kfor ont même essayé de la dissuader de franchir le pont ou de parler à des Albanais «pour sa sécurité». «Je croyais qu’ils étaient là pour rétablir la communication entre les gens, pas pour dresser des murs supplémentaires», dit-elle. Parfois, le petit groupe de miliciens serbes qui «contrôlent» l’accès au pont, à proximité du check-point des Français de la Kfor, l’arrêtent et l’insultent. «Nos vies sont déterminées par des paysans incultes», murmure-t-elle. Avec un pâle sourire, elle parie sur le nombre de coups de fil de menaces qu’elle recevra dans la nuit. «Une trentaine certainement, tout dépend de ce qu’ils auront bu».
Les sourcils bruns de Jasminka se froncent et son sourire se fige lorsqu’on lui demande son origine. «Je suis kosovare, serbe et innocente», rétorque-t-elle avec un regard de défi. De parents monténégrins, la jeune femme est née à Kosovska Mitrovica (nord du Kosovo) il y a 23 ans. «J’y ai vécu toute ma vie, j’ai été en primaire avec des Albanais, dont certains restent mes meilleurs amis», dit-elle. Étudiante à Podgorica, la capitale du Monténégro, Jasminka a vu sa dernière année de droit interrompue par les bombardements de l’Otan. Elle vit depuis dans l’appartement de ses parents, dans ce qui est désormais la zone serbe de Kosovska Mitrovica, au nord de la rivière Sitnica. Sur le palier voisin, deux familles albanaises. «Nous avons tout vécu ensemble», dit-elle, «les bombardements et la peur qui...