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Actualités - Opinion

Regard - Les calamiteux guichets d'un festival Les Coquilles et Le Chaos

L’arroseur arrosé : alors que je prétendais rectifier une erreur de dénomination du bois du lilas de Perse, le commun «zinzlakht», le dieu des coquilles ou le diable (puisqu’il gît dans les vétilles – d’ailleurs certains assurent que le diable est une coquille) s’est immédiatement vengé en le transmuant en «ZinsPakht». Inutile de citer les autres dérapages. («Regard» du samedi 19 juin). Mais il y a pire que le dieu ou le diable des coquilles, c’est le dieu ou le diable du chaos, particulièrement celui qui sévit dans les services de réservation du Festival de Baalbeck (On dira que je commets là un lèse-Festival. Il vaut mieux le commettre que de laisser faire) : un chaos absolu organisé par une épuipe d’adolescents sans aucune fomation ad hoc, totalement débordés par leur tâche et par les ordinateurs mis à leur disposition pour amplifier encore davantage le désastre. Et voilà comment un festival qui fut grand se transforme en festival de sous-caza, traitant son public comme du bétail avec une désinvolture et un mépris incroyables, laissant les gens entassés pendant des heures devant le comptoir, au point de fermer les portes, de refuser de les ouvrir et de demander aux nouveaux arrivés de revenir l’après-midi, demain, que sais-je, de les chasser presque. À la question de savoir s’il y a un responsable dans ce merdier (c’est le mot utilisé par plus d’une personne en panne), la réponse fuse tout de suite, innocemment catégorique : «Non, il n’y a pas de responsable». Ça va bien pire L’année dernière, il fallait revenir à plusieurs reprises ou s’infliger au moins une heure d’attente pour que l’ordinateur veuille bien réagir et imprimer, avec une lenteur sciante, les billets émis. On nous avait dit que la réservation informatisée était une nouveauté, qu’il fallait s’y habituer, donc patienter. Et nous avons, sans comprendre très bien l’avantage de cette informatisation, consenti à prendre notre mal en patience en gobant les promesses que l’année prochaine tout irait mieux. En bien, ça ne va pas mieux, ça va bien pire, ça ne va même pas du tout. Dès la première annonce dans la presse, jeudi 10 juin, de l’ouverture des guichets, je me présente naïvement au bureau de la rue Foch : on me prie de revenir jeudi 17 juin, car rien n’est encore prêt. Premier couac : on invite le public à se présenter aux guichets quand il n’y a pas encore le moindre plan sur papier ou sur écran. Jeudi 17, je me présente de nouveau, avec un zèle de néophyte, comme si je ne savais pas d’avance ce qu’il en serait : on m’annonce que les ordinateurs ne sont pas encore fonctionnels, mais que l’on peut noter mon nom et mes coordonnées pour m’appeler plus tard. Je refuse de m’en laisser conter et je demande à consulter les plans des tribunes qui sont déjà affichés sur les murs. Je ne vois pas de raison de ne pas faire immédiatement des réservations pour plusieurs spectacles : las ! si les plans sont bien là, les ados de service ne sont pas autorisés à prendre des réservations précises. Ils peuvent tout au plus noter, dans un bloc-note, la rangée désirée avec les indications : «au milieu», «extrémité droite», etc. Cela fait, on prend mes coordonnées en me promettant de téléphoner lundi 21 pour m’inviter à retirer les billets. Évidemment pas d’appel lundi matin. Qu’à cela ne tienne : je me présente derechef à treize heures quinze. La porte est fermée, sauf pour faire sortir les chanceux qui ont pu, au bout de plusieurs heures, obtenir leurs billets. Après maintes négociations, je réussis à m’introduire dans la boîte de sardines pour apprendre que les billets n’ont pas pu être émis en cinq jours, que les ordinateurs viennent tout juste d’être connectés et que personne ne sait plus où se trouve le fameux bloc-notes : d’ailleurs, personne ne sait plus où donner de la tête, alors que les festivaliers en puissance rouspètent de toutes parts, excédés par une attente qui n’en finit pas, plus longue que le temps de faire l’aller-retour Beyrouth-Baalbeck. Je rouspète à mon tour. Mais, devant l’incompétence abyssale et le désarroi des guichetiers improvisés, incapables de répondre aux questions, je fais ce qu’il y a de mieux à faire : m’en aller, de guerre lasse, en jurant qu’on ne me reprendra plus à mettre les pieds dans cette écurie. Je ne conseille à personne de tenter l’expérience, à moins que, masochiste dans l’âme, on soit décidé à avaler toutes les couleuvres, essuyer toutes les avanies et perdre tout son temps. Cette pagaille n’est pas seulement indigne d’un festival qui se respecte et respecte son public, c’est un scandale et une honte qui déconsidèrent les (dé)organisateurs (ir)responsables de ce cirque. Le Cerveau S’est Planté Les ordinateurs sont des machines bêtes et obéissantes. Ils font ce qu’on leur demande de faire. Si le cervau des utilisateurs n’est pas à la hauteur de leurs capacités, et c’est flagrant qu’en l’occurrence il ne l’est pas, ils se plantent et nous plantent là. En fait, hélas, c’est le cerveau qui s’est planté. Il est bien plus simple, bien plus efficace, bien plus rapide, bien moins prétentieux d’effectuer les réservations et l’émission des billets à la main : au Festival de Beiteddine, qui est en passe de devenir un vrai festival international et qui pourrait, à ce train, surpasser celui de Baalbeck, la réservation et l’émission des billets pour cinq spectacles ont pris cinq minutes ou presque, à la main, sur plan imprimé. Nulle prétention, ici, d’être à la pointe du progrès, mais une équipe formée et des responsables sur place : le véritable progrès, c’est la rapidité et la commodité des opérations. Si l’ordinateur, au lieu d’accélérer le processus, le retarde, autant s’en débarrasser et revenir aux vieilles méthodes fiables. Le Festival de Beiteddine a choisi la bonne solution : un seul bureau avec plusieurs guichets, un guichet pour un ou deux spectacles. Le Festival de Baalbeck tient à avoir plusieurs bureaux : l’attribution de tranches longitudinales des plans aux bureaux résoudrait le problème, quitte à obliger ceux qui voudraient des places spécifiques à se rendre au bureau adéquat après avoir réservé au téléphone. Si le Festival juge que cela pourrait provoquer des malentendus, des chevauchements, des trucages ou des trafics, que l’ordinateur est plus fiable pour la centralisation, il faut s’y prendre plusieurs mois à l’avance pour former des équipes capables de ne pas se noyer dans un verre d’eau et de nous noyer avec elles. Lanterne Rouge À constater ce qui se passe au bureau du Festival, on se résigne à admettre ce que ne cessent d’affirmer, inquiets et tristes, ceux qui reviennent de l’émirat de Sharja, ce mouchoir de poche, et des autres pays du Golfe qui progressent à pas de géant dans tous les domaines : le Liban, qui se targuait d’être le fort en thème de la région, a accumulé tellement de retards qu’il est, comparativement, en pleine régression, en voie de sous-développement accéléré : bientôt il sera la lanterne rouge du monde arabe s’il n’arrive pas à redresser d’urgence la balance. Pour ce faire, il faut, bien entendu, s’y prendre à tous les niveaux : tant à celui de l’État qu’à celui des réservations d’un festival et cela, d’abord, par une stratégie organisationnelle prévisionnelle qui, nous le savons, fait défaut presque partout, y compris dans les milieux qui sont censés la cultiver, en sorte qu’on a la pénible impression que le pays et ses institutions vont à la dérive. Sommes-nous congénitalement incapables de prévoir le lendemain, de tirer des plans, non sur la comète, mais ne serait-ce que sur l’étoile du matin ? Mondialisation On dit que le Libanais typique est, caricaturalement, un commerçant à l’affût du profit immédiat, incapable d’investir à long terme, sauf dans le bâtiment. Mais même dans ce secteur, on voit ce que cette incapacité engendre : un excédent d’offre de plus de 70 000 appartements, certains vacants depuis des années. Ce qui n’empêche pas de nouveaux immeubles de pousser comme si, par je ne sais quel miracle démographico-économique, ils allaient être raflés demain. Ne faudrait-il pas, au minimum, envisager de remanier de fond en comble notre système éducatif (au lieu de se disputer sur la manière d’écrire ou de ne pas écrire les manuels d’Histoire) pour tenter de lutter contre ce funeste attrait de l’immédiat qui, à un moment où la globalisation et la mondialisation commencent à nous affecter sérieusement, devient un énorme handicap, une véritable corde lestée au cou ? Les guichets calamiteux d’un festival poussif, qui a besoin de sang neuf, ont peut-être cet avantage de nous alerter sur notre lamentable condition pour tenter d’en analyser les tenants et les aboutissants afin de nous en extirper avant qu’il ne soit trop tard. En entamant cet article, je projetais d’évoquer l’exposition de Ghada Jamal (Galerie Agial) où elle entend «créer une expérience visuelle parallèle à l’expérience suscitée par la musique». Les dieux des coquilles et du chaos, diaboli in musica, qui détestent l’ordre, et quel plus bel ordre, et plus précis, que l’ordre musical ? se sont ligués pour m’empêcher de lui faire justice.
L’arroseur arrosé : alors que je prétendais rectifier une erreur de dénomination du bois du lilas de Perse, le commun «zinzlakht», le dieu des coquilles ou le diable (puisqu’il gît dans les vétilles – d’ailleurs certains assurent que le diable est une coquille) s’est immédiatement vengé en le transmuant en «ZinsPakht». Inutile de citer les autres dérapages. («Regard» du samedi 19 juin). Mais il y a pire que le dieu ou le diable des coquilles, c’est le dieu ou le diable du chaos, particulièrement celui qui sévit dans les services de réservation du Festival de Baalbeck (On dira que je commets là un lèse-Festival. Il vaut mieux le commettre que de laisser faire) : un chaos absolu organisé par une épuipe d’adolescents sans aucune fomation ad hoc, totalement débordés par leur tâche et par les ordinateurs...