Slobodan Milosevic est soumis à un feu croisé de ses opposants, divisés entre partisans d’élections anticipées et ceux qui réclament sa démission. La perte virtuelle par la Serbie de sa souveraineté au Kosovo, placé sous tutelle internationale, et sa politique de confrontation avec l’Occident ont grossi le camp des adversaires du président yougoslave. M. Milosevic a aujourd’hui contre lui l’Église orthodoxe, dont l’autorité morale ne cesse de croître et qui pour la première fois la semaine dernière a réclamé sa démission. L’Église a rejoint ainsi l’opposition pro-occidentale conduite par les démocrates de Zoran Djindjic et la direction du Monténégro dont Belgrade ne reconnaît pas la légitimité. D’autres partis d’opposition de plus faible audience ont commencé à recueillir des signatures au bas d’une pétition réclamant la démission du chef de l’État. L’initiative émane de partis de Voïvodine, province multinationale du nord de la Serbie, de la Sumadija (centre) et du Sandzak (sud), région à majorité musulmane. Toutefois, les principaux partis d’opposition se contentent de préconiser la convocation d’élections législatives et municipales anticipées. Il s’agit en premier lieu du parti radical (SRS, ultranationaliste) de Vojislav Seselj et du Mouvement serbe du renouveau (SPO, droite nationaliste) de Vuk Draskovic. M. Draskovic avait réclamé la mise en place en Serbie, comme au niveau fédéral yougoslave, de gouvernements de transition chargés de préparer de tels scrutins et composés de «personnalités orientées vers la démocratie et acceptables pour l’opinion nationale et mondiale, capables d’obtenir une aide à la reconstruction» du pays. Il a demandé le «rétablissement urgent» des relations diplomatiques avec les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne. «L’amitié avec les pays dont des soldats font partie des forces de paix au Kosovo est dans l’intérêt de l’État et de la nation serbes», a-t-il affirmé. À l’opposé, les radicaux accablent d’opprobre le président pour avoir accepté le déploiement au Kosovo de «troupes étrangères d’occupation». C’est la raison pour laquelle leurs ministres au sein du gouvernement serbe ont présenté leur démission la semaine dernière. Le président serbe Milan Milutinovic l’a refusée en usant d’un droit que lui confère la Constitution pendant la durée de l’état de guerre, en vigueur depuis le début des frappes aériennes de l’Otan le 24 mars. M. Milosevic a perdu l’appui de dizaines de milliers de réfugiés serbes du Kosovo qui s’estiment trahis, des réservistes de l’armée yougoslave qui n’ont pas touché de solde alors qu’ils subissaient les bombardements de l’Otan et d’une bonne partie de la population qui sort appauvrie de la guerre. Il bénéficie en revanche, selon la plupart des analystes, du soutien de la hiérarchie militaire, qu’il s’est empressé de gratifier en ne lésinant pas sur les promotions, et d’une bonne partie de la police qui a toujours joui d’un statut privilégié. M. Draskovic estime que le pouvoir actuel, dominé par le Parti socialiste (SPS) de M. Milosevic et la Gauche yougoslave (JUL) de son épouse Mira Markovic, «n’oserait pas convoquer des élections, car il subirait un échec catastrophique». En fait, rien n’oblige le pouvoir à les convoquer, même s’il optait pour la mise en place d’un gouvernement technique ou d’union nationale.
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