«UCK, UCK !», «Un blessé!», «Dispersez-vous» : au détour d’un sentier, les souriantes collines de Franconie (nord de la Bavière) prennent subitement un air d’après-guerre au Kosovo. Au milieu d’un va-et-vient de blindés, de rafales d’armes automatiques, 600 parachutistes allemands simulent, au plus près de la réalité, la mission de paix qu’ils devront bientôt accomplir sur le terrain, au sein de la Kfor. À Barbarica, un attentat vient de se produire sur la place du marché. L’ambiance faussement paisible qui régnait jusque-là, entre étals et buvettes, sur fond de musique orientale, cède la place à la panique. Des soldats de la Kfor, armés jusqu’aux dents, en sueur sous leurs casque et gilet pare-balles, accourent, s’interposent entre la majorité et la minorité ethniques du village, délogent le «terroriste» qui avait tenté de se dissimuler dans une maison habitée par des civils. «Le village est peuplé à 90 % par des “Notländer” et à 10 % par des “Rhönländer”. La situation est tendue en raison de la guerre qui vient d’avoir lieu. Nous devons procéder à une désescalade au sein de la population», explique le capitaine Fries à ses hommes. Un peu plus loin, un camion chargé de combattants de l’UCK, brandissant des kalachnikov, bandeau sur le front, s’arrête devant une colonne de soldats allemands. «Vous n’avez rien à contrôler. Nous sommes là pour cela, vous devez nous remettre vos armes», explique un officier de la Bundeswehr. «Non. Toi combattre seulement ici trois jours. Nous protéger la ville», lui répond tout aussi fermement le chef de l’UCK. Les deux hommes parlementent. Les kalachnikov changent finalement de main. L’UCK garde son armement léger. Tous les protagonistes, candidats pour des missions de paix au Kosovo ou en Bosnie, suivent une formation Onu unique en son genre à l’école d’infanterie de Hammelburg, près de Würzburg (sud), avec jeux de rôles, costumes et décors dignes de studios de cinéma. Pour faire plus authentique, rien n’est laissé au hasard. «Fichez le camp!», crie en serbe une bande de jeunes déchaînés en s’attaquant à des réfugiés qui veulent rentrer chez eux. Des véhicules, portant l’inscription Kfor, interviennent aussitôt. Au coin d’une rue, une épave de voiture, un char calciné témoignent de la violence de combats antérieurs, imaginaires. Les soldats de la Bundeswehr assurent tous les rôles, du maire du village en costume-cravate au réfugié albanais. «La formation, très intensive, doit être le plus proche possible des conditions réelles afin que les hommes soient ensuite sûrs d’eux sur le terrain», explique le général de brigade Wolf Dieter Löser, qui dirige l’école. Les soldats, des appelés pour la plupart âgés de 20 à 22 ans, sont confrontés, pendant deux semaines, à une série de scénarios : prise d’otages, évacuation de blessés, déminage, contrôle de véhicules... Des scénarios concrets, vécus au Kosovo dernièrement, comme celui des deux Serbes qui ont subitement tiré d’une voiture dimanche en pleine rue à Prizren, sont également examinés à la loupe. «Les soldats de la Kfor sont accueillis avec des cris de joie, dans l’euphorie générale. Subitement, un coup part. C’est la situation la plus difficile qui soit pour un chef de compagnie. Il doit tout faire pour empêcher que cela ne dégénère», souligne le général Löser. Depuis les premières missions de la Bundeswehr à l’étranger, en Somalie, en Bosnie, au début des années 90, plus de 40 000 personnes – forces de maintien de la paix, observateurs – ont été formées à Hammelburg. «Ici, je me prépare au pire même si j’espère que cela n’arrivera pas. Le plus difficile, c’est de se protéger et de protéger les civils. Nous nous battons pour la paix», résume Guido Lange, 20 ans.
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