Nombre d’experts s’accordent à le dire, l’agroalimentaire est un secteur d’avenir pour le Liban. Encore faut-il adopter une stratégie claire pour son développement. La solution consiste à ne plus envisager l’agriculture comme un secteur à part entière, pour penser en terme d’agroalimentaire, c’est-à-dire d’intégration de l’agriculture et de l’industrie. Tel est en substance le message du Dr Antonio Foglio, invité à Beyrouth par l’Institut italien pour le commerce extérieur (ICE) pour un séminaire sur la promotion des exportations agroalimentaires. En marge du deuxième salon arabe de l’agroalimentaire, Afif 99, qui se tient actuellement au Beirut Hall, l’Italie, premier fournisseur du Liban, a souhaité contribuer à la réflexion dans ce domaine par l’organisation de ce séminaire de trois jours auquel participent une trentaine de personnes. Fort d’une expérience de trente ans de directeur des exportations de groupes italiens et de professeur de commerce extérieur et de marketing international, M. Foglio a un regard d’expert sur le marché libanais : «Le Liban se trouve actuellement pris dans une phase de mondialisation face à laquelle il doit adopter une stratégie adéquate». Celle-ci passe selon lui par une intégration verticale du secteur agroalimentaire. «Oublions l’agriculture, pensons à l’agroalimentaire, seul susceptible de créer de la valeur ajoutée», dit-il. Les oranges, par exemple, constituaient il y a une quinzaine d’années une source importante d’exportations, 400 000 tonnes étant alors destinées aux marchés étrangers. Aujourd’hui, le Liban n’exporte plus que 150 000 tonnes de ces agrumes, car, explique-t-il, d’autres pays de la région fournissent désormais des oranges de meilleure qualité et moins chères. Les années de guerre sont autant d’années de perdues pour le Liban en termes de modernisation, d’introduction de nouvelles technologies dans l’agriculture. S’il ne peut pas rattraper ce retard dans des produits agricoles, le pays peut en revanche produire des biens très compétitifs par une complémentarité judicieuse de son agriculture et de son industrie. «Les profits seront réalisés dans l’industrie agroalimentaire, ils résident dans les emballages, la distribution, le conditionnement des aliments. Il n’y a plus de marché pour les oranges libanaises, mais il en existe un pour les jus». Adopter cette vision nécessite des réformes profondes et ne se fera pas sans mal, dans un pays où l’agriculture est extrêmement fragmentée, souligne M. Foglio. Outre l’intégration verticale, les exploitations agricoles doivent passer par une phase de concentration, afin de créer les conditions nécessaires à une production de masse compétitive. «Il existera toujours des produits de niche, essentiellement artisanaux, mais il faut viser la commercialisation à grande échelle. Les produits libanais doivent se retrouver dans les supermarchés arabes, et pourquoi pas européens, américains, australiens, et pas seulement dans les épiceries libanaises spécialisées». Huile, vin, sucre, produits laitiers, viande de mouton, conserves de légumes et de fruits, eau minérale… tels sont les produits libanais à fort potentiel, estime-t-il. Pour qu’ils soient un jour dans les rayons d’Abou Dhabi ou de Montréal, un programme ambitieux doit être mis en place, conseille-t-il. Un programme impliquant le gouvernement, les universités, les industriels… Il s’agit d’abord de fabriquer des produits de qualité, par la multiplication des joint-ventures avec des sociétés étrangères, afin de bénéficier des transferts de technologie. Or le Liban est encore à la traîne dans ce domaine. L’Italie a réalisé deux joint-ventures au Liban contre 300 en Tunisie, dit M. Foglio. Ensuite, la commercialisation et la prospection de marchés, la promotion des produits doivent constituer un axe prioritaire. Celui qui a introduit il y a une trentaine d’années au Liban la mortadelle italienne tente, au cours des trois jours du séminaire, d’initier les Libanais aux méthodes de marketing agroalimentaire. Des diplomates jusqu’aux industriels eux-mêmes, toute une culture de marketing doit se développer, explique M. Foglio.
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