On a décidé il y a huit ans d’entreprendre de gros travaux sur la route qui s’étend du pont de Raouda jusqu’à Nahr el-Mott en passant par New Jdeideh. Depuis, ces travaux se poursuivent, au mépris des droits de tout le monde. On finit par se demander si les travaux publics sont exécutés pour servir les hommes ou une seule catégorie, appelée entrepreneurs ! Ces derniers ont leur raison que la raison ne comprend pas. Huit ans de travaux, est-ce beaucoup ? Décidément oui. Revenons un peu en arrière, Dieu a créé le monde en sept jours et l’a détruit en quarante jours du temps de Noé. Il a suffi de quelques mois pour découvrir le Nouveau Monde et les héros de Jules Verne ont réussi en 80 jours à faire le tour de la terre. De nos jours, c’est vrai qu’on est au siècle de la vitesse, les victoires de l’homme sur l’élément «temps» ne se comptent plus, et les fusées de ce siècle agonisant font débarquer des hommes sur la Lune et vont narguer Mars et tout cela en quelques mois. Bien sûr, nos entrepreneurs, qui connaissent nos intérêts mieux que nous, ne veulent rien savoir de tous ces calculs pour n’en faire qu’à leur guise et dédaignent superbement toute référence à un calendrier précis. De quoi s’agit-il exactement ? Le but est louable puisqu’on a entrepris de creuser des galeries sous ladite route pour y installer toute une infrastructure, tout un matériel, de câbles électriques, téléphoniques... sans oublier les canalisations, pour les égouts bien entendu. Mais on a relégué au second plan l’importance et le côté pratique de la vie de tous les jours : les automobilistes qui doivent vaquer à leurs occupations, les autocars bondés d’élèves se rendant à leurs écoles et j’en passe. Une grosse artère fermée à la circulation pendant des mois et des années, il y a de quoi devenir fou et s’arracher les cheveux après avoir perdu la le Nord. Tourner en rond dans d’étroites ruelles pour tenter de sortir de ce labyrinthe improvisé, à bord de voitures dont les conducteurs, affolés, le pressent d’avancer et qui klaxonnent tous azimuts, voilà une description qui demeure bien en-deçà de la réalité. Mais quel soulagement quand enfin on arrive sur une route praticable. Le vrai soulagement c’est le jour où une partie de cette route était enfin achevée et ouverte à la circulation. Grosse surprise, un automobiliste trop confiant, de la même famille d’ailleurs que votre excellente journaliste Suzanne Baaklini, a été englouti avec sa voiture par une de ces ouvertures qui conduisent vers les égouts. Il a fallu une grue pour retirer le pauvre homme – épaule démise et bras fracturé – toujours à l’intérieur de son véhicule transformé en carcasse. Heureusement pour sa femme et ses deux enfants, il a eu la vie sauve. Il reste à dire encore quelques mots sur les riverains et surtout sur les commerçants suppliciés des deux côtés de ce fossé de quatre mètres de profondeur. Ils ne savaient plus à quel saint se vouer, confrontés à une ruine certaine. D’ailleurs quelques-uns ont fermé boutique et les plus obstinés passaient leur journée en jouant au tric-trac tandis que l’enfer des travaux continuait de plus belle. Pour que les mille histoires des routes ne durent pas autant que les Mille et une nuits de nos belles légendes, je propose qu’un saint patron des routes soit nommé pour intercéder en notre faveur auprès des dieux tout-puissants de nos travaux publics.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats On a décidé il y a huit ans d’entreprendre de gros travaux sur la route qui s’étend du pont de Raouda jusqu’à Nahr el-Mott en passant par New Jdeideh. Depuis, ces travaux se poursuivent, au mépris des droits de tout le monde. On finit par se demander si les travaux publics sont exécutés pour servir les hommes ou une seule catégorie, appelée entrepreneurs ! Ces derniers ont leur raison que la raison ne comprend pas. Huit ans de travaux, est-ce beaucoup ? Décidément oui. Revenons un peu en arrière, Dieu a créé le monde en sept jours et l’a détruit en quarante jours du temps de Noé. Il a suffi de quelques mois pour découvrir le Nouveau Monde et les héros de Jules Verne ont réussi en 80 jours à faire le tour de la terre. De nos jours, c’est vrai qu’on est au siècle de la vitesse, les victoires de l’homme...