Donner à la mondialisation une finalité autre que purement marchande : c’est le vœu exprimé maintes fois par Jacques Chirac et réitéré lors de l’ouverture de la 15e session du Haut conseil de la francophonie qu’il préside. Au sein du «village planétaire», s’affirmer francophone revient, a-t-il notamment dit, à «refuser qu’au nom de la logique économique, un seul modèle culturel s’impose partout et efface ce que l’homme a de plus cher : ses racines, ses croyances, son passé, son âme». Un espace de dialogue Pour cette session qui s’est tenue du 10 au 12 juin, Stelio Farandjis, secrétaire général du Haut conseil, avait choisi un thème à la formulation plus solennelle que d’habitude – “Philosophie et stratégie du projet francophone” – et c’est sans doute le signe que les grandes manœuvres du sommet de Moncton approchent. Mais, pour le reste, il n’a pas varié dans le choix de ses maîtres-mots. Définissant le Haut conseil comme un organe de prospective, à la fois laboratoire et observatoire, il l’envisage aussi comme un espace de dialogue et de fraternité, un lieu de combat pour une pluralité et une diversité qui puissent donner «un sens au monde», «une plus-value» à l’aventure humaine. Venus de tous les horizons de la francophonie, les 37 membres de cette instance apportent chacun souhaits et doléances à fondre dans un même creuset, les points faibles restant sempiternellement le prix du livre, trop élevé pour nombre de pays africains, l’insuffisance de la documentation à caractère pédagogique, les carences de la coopération culturelle, notamment dans le domaine de la coproduction cinématographique. Langues partenaires Parmi les projets à mettre en œuvre, Stelio Farandjis a particulièrement à cœur un réaménagement de la Déclaration universelle des droits de l’homme ainsi que la publication d’un trésor des parlers francophones qui regrouperait tous les néologismes forgés par les locuteurs d’un seul et même idiome, mais aussi diapré qu’universel. Il s’agit également pour lui de favoriser les langues partenaires tel le créole des Antilles et de l’océan Indien, de créer des connivences avec l’hispanophonie et la lusitophonie comme aussi, quitte à brûler les étapes avant le sommet de Beyrouth, de tisser des liens avec l’arabophonie. Reste à mettre en conformité les idéaux et les actes, et c’est ce qu’on attend généralement des sommets. L’ambassadeur du Canada en France, qui accueillait la conférence de presse de clôture de la session, a laissé augurer qu’en septembre prochain, celui de Moncton serait un grand cru, dans ce nouveau Brunswick où les acadiens n’ont jamais failli à leur rôle de champions de la francophonie.
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