Les élections européennes constituent un important test pour la gauche européenne, au pouvoir dans la plupart des États membres de l’UE et majoritaire au Parlement européen, au terme d’une campagne boudée par l’opinion et dont les enjeux sont passés au second plan. Doté de pouvoirs de codécision plus étendus au niveau européen en vertu du Traité d’Amsterdam qui vient d’entrer en vigueur, le Parlement européen constitue désormais un véritable enjeu pour ces élections, même si une grande majorité des électeurs ignore ce que représente l’Assemblée européenne. Dans ce contexte, la lutte s’annonce indécise pour la place de premier groupe politique au Parlement européen, que se disputent sociaux-démocrates et démocrates-chrétiens, les deux grandes familles politiques de l’Union européenne. Dans le Parlement sortant, le Parti des socialistes européens (PSE) constituait le groupe parlementaire le plus important avec 214 sièges sur les 626 eurodéputés, devant les démocrates-chrétiens du Parti populaire européen (PPE) qui comptaient 201 membres. Un basculement d’une dizaine de sièges suffirait donc théoriquement à retourner la situation présente, alors que les sondages laissent prévoir un tassement, voire un recul de la gauche dans plusieurs pays où elle est au pouvoir, en particulier en Allemagne et au Royaume-Uni, dont les députés forment les gros bataillons du groupe socialiste. Au Royaume-Uni, au-delà du débat traditionnel entre europhiles et eurosceptiques, c’est l’introduction de la proportionnelle pour la première fois dans tout le pays qui risque de coûter cher au Labour de Tony Blair. Comptant 61 députés dans le Parlement sortant, les travaillistes pourraient perdre de 15 à 20 sièges, selon les prévisions d’experts électoraux britanniques. En Allemagne, neuf mois après sa victoire contre Helmut Kohl, le SPD de Gerhard Schröder joue une partie importante. Les sociaux-démocrates allemands auront bien du mal à retrouver leurs 40 députés actuels, même si leur succès dimanche dernier dans l’élection régionale de Brême a un peu relativisé la défaite surprise concédée en Hesse en février. Le résultat final des socialistes dépendra aussi des résultats dans les trois autres grands pays européens : l’Espagne qui compte actuellement 21 députés, l’Italie et la France avec respectivement 19 et 16. Du côté du groupe PPE, les députés allemands représentent l’élément prépondérant avec près d’un quart du groupe : l’ensemble CDU-CSU, qui détient 47 sièges, espère améliorer son résultat de 1994. L’attention se portera aussi sur l’Italie qui contribue pour 36 députés au PPE et sur l’Espagne, avec 29 députés sortants. Mais la décision pourrait bien revenir en dernier lieu à la France où la droite se partageait jusqu’à présent selon un clivage entre pro-européens et souverainistes, entre les groupes PPE (13 députés) et Union pour l’Europe (17). Centristes de l’UDF et libéraux de DL se retrouvaient au PPE, tandis que les néo-gaullistes du RPR avaient choisi le groupe UPE. L’élection de 1999 a vu l’éclatement de la droite française en 3 listes : centriste, néo-gaulliste et libérale, et souverainiste, et l’affiliation des futurs élus au groupe PPE est une interrogation majeure. Le chef de file de la liste néo-gaulliste, Nicolas Sarkozy, a fait savoir qu’il rejoindrait le groupe PPE. La clé du scrutin réside enfin aussi dans le taux de participation. Les gouvernements européens ont multiplié les campagnes civiques en faveur du vote, mais dans de nombreux pays, la moitié ou plus des électeurs ne paraît pas décidée à se déplacer pour un scrutin qui les laisse indifférents. De force pratiquement égale, les groupes PSE et PPE, qui partagent une conviction pro-européenne, ont dû passer un «accord technique» qui leur permet de dégager des majorités qualifiées lors de certains votes techniques. Mais la rivalité n’en est pas moins vive sur des dossiers plus politiques, comme l’ont montré les débats au moment de la crise ayant abouti en mars à la démission de la Commission européenne. Enfin, outre son caractère symbolique, la place de premier groupe permettra au vainqueur de revendiquer la présidence du Parlement européen, un des postes les plus prestigieux et convoités de la haute hiérarchie européenne.
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