En finir avec Slobodan Milosevic ? Abruptement posée dans les pays de l’Otan, cette question est clairement tranchée, mais sans illusions, par trois écrivains et dissidents célèbres de l’ex-Yougoslavie. «Ce fut le politicien le plus pernicieux de l’histoire du peuple serbe et de l’État serbe contemporain», écrit le Serbe Vidosav Stevanovic, dans les Seigneurs de la Guerre, chez l’éditeur parisien l’Esprit des Péninsules. Avec le Croate Predag Matvejevitch et le Bosniaque Zlatko Dizdarevic, il fait le procès du président yougoslave, comme ceux du président croate Franjo Tudjman, et dans une moindre mesure, du leader bosniaque Alija Izetbegovic. Exilé à Paris, Vidosav Stevanovic est convaincu que les frappes de l’Otan ont encore renforcé le pouvoir de Milosevic aux yeux de son peuple, même «s’il ne peut résister au besoin d’écrire sur lui au passé». Slobodan Milosevic, fils d’un théologien orthodoxe et d’une militante communiste, «antidémocrate, semi-dictateur élu», est rendu principal coupable de l’éclatement de la Yougoslavie en petits États, «contre lesquels il partit en guerre» et d’une Serbie «déshonorée», détruite. Du nationalisme dont il a fait son fonds de commerce, ainsi sur la question du Kosovo depuis 1989, il souligne qu’il n’y a pas non plus que machiavélisme et calcul politicien, mais l’expression exacerbée d’un affect tribal. Sur l’avenir de Milosevic, qui tire sa force des épreuves qu’il fait endurer à son peuple, l’écrivain n’en voit pas de terme apparent car, pour lui, «en Serbie l’opposition a été vaincue». Le suicide éclaire les destins Pour Predag Matvejevitch, qui a dirigé ce pamphlet, un côté suicidaire peut éclairer les destins de Slobodan Milosevic, dont le père, la mère et un oncle se sont tués ou du président Franjo Tudjman, dont le père s’est donné la mort. Chargeant M. Tudjman d’une dizaine de péchés (vanité, despotisme...) l’auteur du Bréviaire méditerranéen souligne que le leader croate «n’a pas eu honte» de dire un jour, en public, que sa femme «n’est ni juive ni Serbe». Quant au bilan politique, la désillusion semble complète : «État où règne un seul parti», «contrôle totalitaire exercé sur les médias», «politique expansionniste», «népotisme inouï»... «Le fait même qu’il existe dans la Serbie voisine un politicien et un homme d’État pire encore, plus pervers et plus coupable – coupable devant le peuple serbe qui lui aussi a souffert, et devant le monde – ne justifie en rien Franjo Tudjman», écrit Matvejevich, qui vit aujourd’hui en Italie. Victime ou bourreau ? Le cas d’Alija Izetbegovic, qui peut apparaître «victime davantage que seigneur», réclame aussi pour Zlatko Dizdarevic, qui anima le journal Oslobodonje de Sarajevo, une attention critique sans complaisance. S’éloignant de la Bosnie-Herzégovine, modèle concentré d’une ex-Yougoslavie multiethnique, il lui reproche avant tout d’avoir œuvré, en avançant masqué, en faveur d’un minuscule État musulman, où la corruption est à l’aise. «Sans aucun doute, Alija n’est pas coupable d’une tragédie» bosniaque, mais pour Dizdarevic, il est bien «responsable de ce qu’est devenu la Bosnie aujourd’hui : un pays malheureux habité par des gens malheureux et situé en bas de l’échelle européenne».
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