Les habitants de Belgrade ont bon espoir que l’accord entre grandes puissances ramènera la paix rapidement, mais appréhendent l’avenir dans un pays dévasté et appauvri. Après une intensification des raids mardi en raison du blocage des discussions entre militaires yougoslaves et de l’Otan, Belgrade a vécu à nouveau une nuit calme. Seul un violent orage, ponctué de coups de tonnerre, a affolé bon nombre de Belgradois qui les avaient pris pour des bombardements. Les discussions en cours au Conseil de sécurité de l’Onu, qui espérait pouvoir adopter mercredi une résolution sur la paix au Kosovo, ont réconforté la population, à l’image du grand quotidien Politika, qui titrait en une : «Marche accélérée vers la paix». «Cette fois, je crois que c’est la fin de la guerre. Il y aura sans doute encore quelques accrocs, mais les grands de ce monde sont bien décidés à en finir», commentait Veroslava Rodic, 50 ans, employée de banque. Son seul regret : «Les Russes ont finalement fait le jeu des Occidentaux et ont incité Milosevic à faire trop de concessions». Pour Jaspina Savic, 46 ans, c’est la fin du cauchemar: son fils, Predrag, 26 ans, mobilisé il y a deux mois, vient de rentrer du Kosovo. «Il était affecté à Urosevac (sud-ouest). Pendant deux mois, je suis restée sans nouvelles de lui. Il a perdu une dizaine de kilos et est légèrement blessé, mais l’essentiel c’est qu’il soit en vie». Jasmina et son fils ne sont pas au bout de leurs peines. Elle est veuve et sans travail. Lui, marié et père de famille, n’a jamais trouvé d’emploi depuis la fin de ses études de graveur, il y a trois ans, et a dû se contenter de «petits trafics et boulots au noir». Selon Dragoslav Avramovic, ancien gouverneur de la Banque centrale yougoslave, aujourd’hui membre de l’opposition, la guerre a laissé sans emploi plus d’un demi-million de salariés et fait monter le taux de chômage à 40 %. Vlada et Vera, dentistes dans une ville de province, n’ont perçu aucun salaire depuis trois mois. En mars, peu avant les premiers bombardements, ils ont envoyé leur fille de 24 ans à Budapest. «Elle est serveuse sur un bateau-mouche et nous fait parvenir de temps à autre un peu d’argent qui nous permet de survivre», expliquent-ils. Tous deux sont très critiques envers le président yougoslave Slobodan Milosevic. Il «nous a poussés dans une guerre suicidaire, pour finalement capituler», disent-ils. «Il nous a humiliés et ferait mieux de démissionner». Vesna Milic, 32 ans, «ne veut pas savoir si c’est une capitulation ou pas». «J’espère que c’est bien la fin de la guerre, dit-elle, mais tant que l’Otan n’aura pas dit clairement qu’elle arrête de bombarder, je continuerai à descendre à l’abri avec mon fils de 3 ans». «Il semble bien que la fin du conflit approche. Mais pourquoi fallait-il que tant de gens soient tués et que le pays soit ravagé à ce point. Un jour ou l’autre, nos politiques devront être assignés en responsabilité», accuse Bosko, un électricien, mobilisé fin mars et rentré du «front» lundi. «J’ai du mal à croire que la guerre se terminera ainsi. Mes rêves sont toujours hantés par des tapis de bombes déversés sur Belgrade», confie Milka Nikolic, 57 ans. «On se demande ce que Milosevic a attendu. Quelle différence entre force de l’Onu et soldats de l’Otan. Ce sont des troupes étrangères, dont nous ne voulions pas», note son fils Zoran, 31 ans.
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