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Actualités - Chronologie

Une citoyenneté difficile à faire éclore

Citoyenneté de l’Union européenne ou citoyenneté de l’un des Quinze pays de l’UE: les traités proclament la première, mais les sentiments des Européens privilégient la seconde, comme devraient le confirmer les approches encore très nationales des prochaines élections européennes. En 1993, le Traité de Maastricht instaurait «la citoyenneté de l’Union» pour les ressortissants des quinze États membres. Cette année, le Traité d’Amsterdam vient de préciser que celle-ci «complète la citoyenneté nationale et ne la remplace pas». Les nouveaux droits accordés aux Européens, qu’il s’agisse de la libre circulation, de la liberté de séjour sur le territoire de l’UE ou du droit de vote aux élections municipales et européennes, n’ont pas encore réussi à développer un sentiment d’appartenance à une même communauté. «Identité, citoyenneté, opinion publique européennes, j’ai le sentiment que cela reste une idée encore largement virtuelle», estime Pierre Giacometti, directeur-général de l’institut français Ipsos-Opinion, qui réalise des sondages réguliers sur les opinions publiques européennes. Selon lui, de tels sentiments ne pourront croître qu’en même temps qu’une véritable Europe politique. Les opinions publiques ne s’identifient pas encore à un Parlement européen qui commence à peine à trouver sa place au sein des institutions européennes. Elles ne peuvent se positionner que difficilement face à un pouvoir exécutif partagé entre les gouvernements nationaux et une Commission de Bruxelles qui n’est encore qu’un collège de responsables désignés par les capitales, et sans couleur politique définie. Le scrutin européen de la mi-juin sera encore «avant tout un spectacle national», juge Pierre Giacometti. Dans les différents pays, ses résultats seront davantage analysés au prisme des enjeux de politique intérieure qu’à celui de l’avenir de l’Europe. «Il y a des mouvements convergents d’attitudes économique, sociale, ou le soutien des opinions à l’intervention de l’Otan (en Yougoslavie), mais je ne pense pas que cela suffise pour dire qu’il y a éclosion d’une identité, d’une citoyenneté, d’une opinion publique européenne», a estimé le responsable d’Ipsos. Car les Européens ont des préoccupations de plus en plus proches. Ils disposent aujourd’hui — pour onze des quinze pays — d’une monnaie unique et sont confrontés à des incertitudes très semblables: chômage, insécurité, financement futur de leurs retraites. Les Européens circulent quasi librement. Les formalités administratives sont simplifiés pour ceux qui veulent s’expatrier dans un autre pays de l’Union. «Je suis Belge, certes, mais j’ai l’impression d’appartenir à un ensemble plus large qui m’offre davantage de possibilités», témoigne Anne, une jeune Belge venue en France pour y chercher du travail, tout en conservant les prestations sociales auxquelles elle avait droit dans son pays d’origine. L’Union européenne a aussi mis en place des programmes universitaires d’échanges, qui permettent aux jeunes Européens d’aller étudier dans un autre pays de l’UE. «Ayant vécu dans cinq pays de l’Union européenne, je suis un peu un déraciné. Je me sens Irlandais avant d’être Européen», explique Graham, 33 ans, résidant à Paris. Les enquêtes réalisées par les institutions européennes n’évoluent guère sur les cinq dernières années. La dernière d’entre elles, réalisée en 1998 par Eurobaromètre pour la Commission européenne, montre que 44 % des Européens définissent leur identité uniquement par leur nationalité. Mais 41 % ajoutent à leur nationalité leur condition d’Européen, mais seulement en seconde référence, tandis que 5 % se disent uniquement Européens. L’examen de ces résultats, pays par pays, réserve peu de surprises. Les Portugais (62 %), les Britanniques (60 %) et les Suédois (59 %) ont tendance à se considérer comme exclusivement nationaux, selon Eurobaromètre.
Citoyenneté de l’Union européenne ou citoyenneté de l’un des Quinze pays de l’UE: les traités proclament la première, mais les sentiments des Européens privilégient la seconde, comme devraient le confirmer les approches encore très nationales des prochaines élections européennes. En 1993, le Traité de Maastricht instaurait «la citoyenneté de l’Union» pour les ressortissants des quinze États membres. Cette année, le Traité d’Amsterdam vient de préciser que celle-ci «complète la citoyenneté nationale et ne la remplace pas». Les nouveaux droits accordés aux Européens, qu’il s’agisse de la libre circulation, de la liberté de séjour sur le territoire de l’UE ou du droit de vote aux élections municipales et européennes, n’ont pas encore réussi à développer un sentiment d’appartenance à une...